Voici le compte-rendu du chat qui s’est déroulé mardi 10 novembre avec Jean-Luc Romero, dans les locaux de Yagg. Les sujets abordés ont été nombreux. Le président d’Élus locaux contre le sida et conseiller régional Ile-de-France est notamment revenu sur son outing par l’ancien gratuit e-m@le (« cela m’a donné une image de pédé honteux qui m’a longtemps collée à la peau »), le vaccin contre la grippe A (« j’ai été malade comme un chien pendant deux jours »), ou encore ses combats contre le sida ou pour le droit de mourir dans la dignité.

Le modérateur:  Début du chat. Jean-Luc Romero, président d’Élus locaux contre le sida vient d’arriver dans les locaux de Yagg. Il répondra à toutes vos questions pendant une heure…
Jean-Luc Romero: Bonjour. Merci de m’accueillir et bon anniversaire à Yagg!

juju: Que devient votre association Élus locaux contre le sida? Les élus locaux s’engagent-ils vraiment ou se donnent-ils juste bonne conscience?
Jean-Luc Romero: L’association va bientôt fêter ses 15 ans et continue à faire un bruit de fond auprès des élus pour qu’ils continuent à s’engager dans la lutte contre le sida. Mais pour être honnête, ce combat n’intéresse plus beaucoup les élus et il devient de plus en plus difficile de les mobiliser.

Fred: Vous êtes dans beaucoup d’organisations, vous menez plusieurs combats… N’y a-t-il pas pour vous un risque de dispersion?
Jean-Luc Romero: Je défends des combats qui sont très complémentaires: la lutte contre les discriminations, le combat pour la vie avec le sida et son corollaire, celui pour une fin de vie digne. Ces combats sont liés à mes propres combats personnels et une vie est faite de différents combats et de différentes luttes. Tout cela est fait dans une même logique, un combat pour les libertés et pour la vie.

Jurgen: Bonjour. Après le sida, comment vous êtes-vous intéressé à la légalisation de l’euthanasie? Merci et bravo pour votre courage.
Jean-Luc Romero: Quand on a vécu la mort de tant d’amis dans ses jeunes années, on ne peut que réfléchir aux conditions de la fin de vie. Dans les années 90, beaucoup de mes amis sont morts du sida dans des souffrances que je ne souhaiterais à personne, et pas à moi. J’ai donc transformé un combat individuel en un combat collectif. Pour moi, le combat contre le sida et pour une fin de vie digne sont complémentaires et je les mène toujours de front. Ce sont les combats d’une vie et il n’a jamais été question d’abandonner la lutte contre le sida, qui reste mon premier combat et mon combat de tous les jours.

albert69: Bonsoir Jean-Luc, êtes-vous toujours favorable à ce que les gays puissent donner leur sang? Merci.
Jean-Luc Romero: Oui. Toujours et plus que jamais favorable. Au départ, en tant que personne séropositive, je n’avais pas perçu ni compris la discrimination que constituait l’interdiction faite aux gays de donner leur sang. Après une interview dans laquelle j’avais dit que cette question ne me paraissait pas essentielle, j’ai reçu énormément de courriers et de mails de gays et notamment de jeunes gays qui m’expliquaient à quelle point cette discrimination était douloureuse pour eux. J’ai donc étudié le dossier, et me suis rendu compte que les arguments donnés étaient réellement discriminatoires. J’ai donc saisi la Halde, qui a confirmé que l’interdiction faite à un groupe était discriminatoire et qu’il fallait la transformer en une interdiction faite à des personnes ayant des comportements à risque. Malheureusement, après un soutien du ministre de la Santé Xavier Bertrand à cette interprétation, l’actuelle ministre de la Santé a suivi l’Établissement français du sang, qui a voulu maintenir cette interdiction au prétexte que 15% des gays sont séropositifs. Cet argument lié à l’épidémiologie n’est pour moi pas recevable car il n’est pas opposé à tous les autres groupes à risque, par exemple: une personne originaire d’Afrique sub-saharienne, venant d’une région où la prévalence peut être de 20 à 40%, sera interdite de don du sang pendant quatre mois, puis, si elle est toujours séronégative, pourra redonner son sang. On voit bien là qu’il y a différence de traitement, ce qui me fait dire que cette interdiction reste une discrimination pour assurer la sécurité transfusionnelle, il suffit de poser les bonnes questions et les gays n’ont pas de raison de mentir plus que les autres. Donner son sang est un geste de vie, pas un geste de mort.