Depuis neuf ans, Micky Gliese (à gauche sur la photo) tient avec son compagnon français Philippe Claude (à droite), La Cocotte, à Berlin. Un restaurant gay « relax », où les clients « viennent aussi bien avec leurs parents et leurs amis hétéros qu’accompagnés de leur rendez-vous amoureux ». Berlinois de naissance, Micky se souvient pour Yagg de la chute du Mur, il y a 20 ans.

Le 9 novembre 1989, tu travaillais dans un bar gay trendy dans Berlin-Ouest. Comment as-tu su que le Mur était tombé? Quelqu’un est entré en disant qu’il l’avait vu à la télévision. Je ne l’ai pas cru, je me disais qu’il avait trop bu… Mais peu après, on a vu arriver les premiers gays de Berlin-Est. Par la façon dont ils étaient habillés, on a vu qu’il s’agissait de touristes. Quand on a su d’où ils venaient, tout le monde s’est jeté dessus et voulait leur payer à boire. C’était une ambiance très spéciale.

Micky Gliese (à gauche) et son compagnon Philippe Claude

Micky Gliese (à gauche) et son compagnon Philippe Claude

Tu y as donc cru? Pas tout de suite en fait. Le lendemain matin, quand je me suis levé pour aller à la boulangerie, j’ai été pris de court. Les rues étaient remplies de Trabant [voitures est-allemandes, avec une carrosserie en plastique, ndr] et de l’odeur particulière que dégageait leur carburant. C’était très étrange… La veille encore, j’étais persuadé que les deux Allemagne ne seraient jamais réunifiées, qu’on était trop différents.

Tu ne pensais vraiment pas que le Mur tomberait un jour ? Non. Je suis né et j’ai grandi à Berlin-Ouest, dans le secteur américain. Pour moi, les choses étaient très claires. Le Mur ne m’empêchait pas de vivre et je n’avais aucune raison de me sentir enfermé. Je vivais bien et sans problème dans mon environnement. Je n’avais pas l’impression que j’étais privé de quoi que ce soit et n’avais aucune envie d’être identifié avec les Allemands de l’Est.

Comment expliquer cette attitude? On avait de la pitié pour les Allemands de l’Est, mais mes parents m’expliquaient aussi toujours que ceux de l’autre côté étaient « mauvais ». Ils m’interdisaient par exemple de prendre le S-Bahn [réseau ferroviaire, équivalent du RER, ndr] parce qu’il était encore exploité par des Allemands de l’Est et qu’il ne fallait pas « donner de l’argent à l’Est ». Quand j’avais 15 ans, j’ai même appris à mon Golden Retriever, pourtant très affectueux, à aboyer à chaque fois que je disais « Die Russen kommen » (les Russes arrivent).

Mais tes grands-parents, eux, vivaient en Allemagne de l’Est… Oui, et ça c’était évidemment très triste parce que je n’ai pas pu les voir avant mes huit ans, lorsque les règles ont été un peu adoucies. On pouvait alors obtenir le droit de visite à l’Est si on y avait de la famille. Cela prenait deux à trois heures pour franchir la frontière. Nous étions contrôlés comme des criminels.