Quelques jours avant le premier anniversaire de son élection historique, le président Obama mettait fin à l’interdiction d’entrée sur le territoire américain pour les séropositifs. Comme il l’avait annoncé pendant la campagne. Nous avons attendu dix mois. Le même jour, son gouvernement a nommé deux représentants des entreprises agro-industrielles pour mener la politique alimentaire mondiale: l’une a dirigé le lobby des pesticides, et l’autre a été à la tête des chercheurs chez Monsanto. Et nous attendons encore ses actes au sujet de Don’t ask, don’t tell (DADT) et sur le Defense of Marriage Act (DoMA). Plus ça change…

Un an comme cela ressemble à une alternance sans fin, entre l’espoir et la déception. En novembre dernier, j’avais dit sur Yagg qu’Obama était le premier candidat à la présidence issue de la génération sida [voir la vidéo ci-dessous].  C’est-à-dire un homme qui a choisi de passer le début de sa carrière professionnelle dans un milieu pauvre, au centre-ville de Chicago, là où le sida avait frappé plus fort; un homme qui a acquis sa propre identité et sa sensibilité politique après les années 60, après le succès du mouvement pour les droits civiques, après les avancées du féminisme, après les premiers pas dans la construction d’un mouvement homosexuel aux États-Unis, le recul face à l’extrême droite et l’arrivée du sida. Élevé par deux femmes fortes dans un milieu middle classe, Obama m’a semblé (et nous a semblé) comme un homme d’un type différent.

Un an plus tard, nous trouvons une équipe de « lascars » à la tête de la Maison blanche. Les femmes et les homosexuels sont encore marginalisés. Certes, son directeur de cabinet, Rahm Emmanuel,  préfère le ballet ou le yoga au basket. Mais, c’est clair – tellement peu de femmes sont présentes en dehors de Michelle et Hillary, et aucune homosexuel-l-e ne siège à ses côtés.

Donc, on attend ses promesses. Il a le pouvoir comme commandant en chef d’abroger Don’t ask, don’t tell sans une nouvelle loi, avec un ordre d’arrêt (qui s’appelle « stop loss ») pour empêcher les militaires de révoquer un soldat homosexuel. Sur le DoMA, il nous dit d’attendre le Congrès. Mais si un-e seul-e homosexuel-e était présent-e dans son équipe, pourrait-il lui dire: « Tes droits peuvent attendre »?

On attend, même si rien n’a changé à Wall Street, en Afghanistan, et que l’armée américaine est toujours présente en Irak.

On attend en gardant espoir. Pour la première fois, le législateur et pas la justice, dans le Vermont et au New Hampshire, a ouvert le mariage aux couples de même sexe. Au niveau national, la couverture médicale universelle est à notre portée. Au niveau international, notre président parle d’une voix nouvelle au monde. Ici, le président Obama, avec sa patience et avec son adresse, a divisé son opposition. Après trois décennies d’une droite triomphante, la droite aujourd’hui se morcèle entre un centre plutôt pragmatique et perdante et une extrême droite nationaliste résurgente, et on assiste à une guerre fratricide dans le camp républicain, ce qui diminue l’image de la droite dans l’opinion publique.

Michael Bosia est professeur en science politique à Colchester, dans le Vermont.

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