Ne l'oublions pas, c'est un autre président démocrate, Bill Clinton, qui il y a plus de 20 ans, avait donné force de loi à cette mesure d'interdiction. Le même Président qui à la fin des années 90, avait défendu becs et ongles l'industrie pharmaceutique américaine face aux pays pauvres, dont l'Afrique du Sud, qui réclamaient des traitements moins chers. Que le même Président soit aujourd'hui un des plus ardents défenseurs de l'accès aux médicaments génériques est source d'optimisme.
Mais l'histoire de l'épidémie n'en est pas à un paradoxe prêt. C'est George W. Bush qui le premier, avant de quitter la Maison Blanche en 2008, avait annoncé que son pays mettrait fin à l'interdiction. C'est encore George W. Bush qui a lancé en 2003 PEPFAR, le programme de lutte contre le sida le plus massif jamais consenti par un pays. Renouvelé au bout de cinq ans, le plan dispose jusqu'en 2012 de 48 milliards de dollars pour combattre le sida, la tuberculose et le paludisme, les trois pandémies les plus meurtrières. C'est chaque année 25 fois plus que la contribution française au Fonds mondial, dont Carla Bruni-Sarkozy est pourtant l'ambassadrice.

UNE PROTECTION TOTALEMENT ILLUSOIRE
Il faut souligner ici combien l'attitude américaine était humiliante et dégradante pour les séropositifs. Que de ruses de Sioux j'ai parfois dû utiliser pour passer la douane en cachant les médicaments, ou avec la peur au ventre d'être repéré et expulsé. Certes, la loi était difficilement applicable, à moins de fouiller les bagages des millions de personnes qui voyagent chaque année aux États-Unis. Mais elle demeurait un signal fort pour tous les pays qui utilisent la discrimination contre les séropositifs: "Si l'Amérique se protège ainsi de ce fléau, pourquoi pas nous". Le pays, qui avait pour autre devise inscrite sur la Statue de la liberté "Bring me your tired, your poor, your huddled masses yearning to be free" (Donne-moi tes pauvres, tes exténués Qui en rangs pressés aspirent à vivre libres) refusait cette offre aux séropositifs. Les chiffres de l'épidémie montrent que c'est une protection totalement illusoire. La Russie, la Chine, tant d'autres pays qui limitent ou interdisent l'accès aux séropositifs connaissent de fortes épidémies de sida.

Alors oui, les séropositifs peuvent dire merci à Barack Obama… pour l'instant. Car le président américain doit aller plus loin, s'il veut que son nom reste associé à une avancée significative en matière de lutte contre le sida.
Obama doit permettre aux autorités fédérales de financer les programmes d'échanges de seringues, qui réduisent de façon importante la transmission du virus parmi les usagers de drogue par voie intraveineuse. Aujourd'hui encore, des milliers d'usagers de drogue s'infectent chaque année avec le VIH et les virus des hépatites parce que pour le gouvernement américain, la "guerre à la drogue" est plus importante que d'aider les drogués.
Obama doit accorder aux homosexuels l'égalité des droits, il doit aussi reconnaître que c'est dans la communauté gay africaine américaine que le VIH fait le plus de ravages et mettre les moyens pour combattre l'homophobie partout où elle sévit.
Enfin, Obama doit aussi soutenir les efforts des pays du Sud pour l'accès aux génériques et en tant que premier contributeur au Fonds mondial contre le sida, il doit convaincre les autres pays riches de mettre la main à la poche. Plusieurs milliards de dollars promis par les pays riches n'ont pas été remis au Fonds mondial. Très simplement, cela signifie la condamnation à mort de millions de malades qui ne pourront plus bénéficier des traitements. L'action politique se nourrit de symboles: la lutte contre le sida a aujourd'hui besoin de cash.

Christophe Martet est le directeur de la publication de Yagg.

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