Son métier de professeure d’histoire et de géographie dans un collège suisse, Élisabeth Thorens-Gaud ne le prend pas à la légère. Confrontée au coming-out d’une de ses élèves, elle a tenté de mieux comprendre ce que vivent les élèves LGBT et comment le corps enseignant et les éducateurs peuvent les accompagner durant une période – l’adolescence – qui n’est simple à vivre pour personne. Elle a rencontré des adolescents, des parents, des militants. De ces rencontres est né un livre d' »aide aux parents, conseils aux enseignants, soutien aux jeunes », Adolescents homosexuels. Des préjugés à l’acceptation. Interview.

Qu’est-ce qui pousse une professeure à écrire un livre? Au printemps 2009, j’ai obtenu un congé sabbatique de mon employeur, le département de la Formation, de la Jeunesse et de la Culture du canton de Vaud (DFJC) en Suisse romande (région de Lausanne) car je désirais monter une association pour prévenir le suicide des jeunes. J’ai en effet été confrontée plusieurs fois dans ma vie à ce drame. En compilant la littérature sur les causes du suicide chez les adolescents, j’ai constaté que les adolescents en questionnement sur leur orientation sexuelle commettaient plus de tentatives de suicide, voire de suicides que leurs camarades hétérosexuels. J’ai eu besoin de comprendre pourquoi. Puis, une élève a fait son coming-out en classe. C’est là, que j’ai vraiment réalisé, qu’en tant que professeure hétérosexuelle,  j’étais ignorante sur cette réalité qui concerne pourtant beaucoup d’élèves, puisqu’on peut aisément affirmer qu’environ une personne par classe est concernée. C’est à ce moment que j’ai décidé d’écrire ce livre.

Vous auriez pu vous contenter de pousser votre établissement, votre profession à bouger sur la question des élèves homos. Vous êtes allée plus loin, pourquoi? J’ai toujours lutté fermement contre toutes les formes de discrimination, d’exclusion et de moquerie, car j’ai besoin de travailler dans un climat empreint de respect. Il est alors plus facile et efficace de transmettre un savoir dans ce contexte. De plus, j’avais souvent essayé de me projeter à la place de mes élèves en difficulté pour comprendre comment eux se sentaient sur les bancs d’école, afin de mieux pouvoir les soutenir. Deuil, maladie, troubles alimentaires, maltraitance etc. Mais je ne m’étais jamais projetée à la place d’un-e élève homosexuel-le, avant d’être confrontée au coming-out de Vanessa. C’est alors que j’ai réalisé à quel point ces élèves se sentaient seuls, se percevaient comme anormaux, car nous, la majorité de leurs professeurs hétérosexuels, utilisons sans le vouloir un langage hétérosexiste, véhiculons des préjugés sur l’homosexualité, simplement parce que nous sommes ignorants. De plus, quand j’ai cherché des informations dans mon établissement scolaire pour aider cette élève, je n’ai rien trouvé. C’est là que j’ai réalisé que la situation des adolescents en questionnement sur leur orientation sexuelle sur les bancs d’école était préoccupante. J’ai décidé de répondre à un besoin en écrivant ce livre.