Et pour cela je propose de composer avec la tendance naturelle de la lesbienne à s’orienter vers la musique, et en particulier vers la guitare: c’est de toute évidence l’instrument qui permet à la jeune lesbienne de singer la plupart des gouinicônes en matière de musique, depuis les inévitables Tegan & Sara jusqu’à Sarah Bettens en passant par les riffs de Skunk Anansie, les gratouillis datés de Melissa Etheridge ou la country very cowgirl de k.d. lang. En matière de guitareuses, il y a de quoi faire. Mais aucune étoile de la gouinitude n’illumine autant le paysage homosexuel qu’hétérosexuel, et c’est bien dommage. Or, d’après mes observations, approximativement la moitié de la population lesbienne possède une guitare et essaie d’en jouer. Bizarrement, des instruments tels que l’harmonium, l’ocarina ou le steel drum paraissent peu prisés de mes congénères. Et j’avoue que, moi-même, il fut un temps où je vouais un culte à la six cordes.

Le problème, c’est que le fait d’être gouine et peut-être de sentir dans les formes courbes de la guitare quelque chose de la féminité que nous aimons tant ne suffit pas à faire de nous des guitar-héroïnes. D’après ce que j’ai pu observer, les talents se limitent la plupart du temps à une prestation de girl-scout essayant d’impressionner un groupe de jeunes filles en fleur par une version lesbienne de Hisse et ho. Avec inévitable empêtrement de doigts côté rythmique, solo d’index sur la corde de mi, mêmes difficultés persistantes à enchaîner le do et le fa. Comme chez les amateurs hétéros, soit dit en passant. Sauf que ça me fend le cœur d’entendre Not a pretty girl passé à la moulinette de l’hésitation et des fausses notes (on remerciera au passage Ani DiFranco qui se permet, peut-être par solidarité avec ses fans lesbiennes guitaristes amateur, de massacrer sa propre chanson sur scène), tandis que Stairway to heaven, beaucoup moins. L’habitude, sans doute.

Alors je dis, unissons-nous, mes sœurs: grâce à l’adjonction de nos talents, fondons le plus grand groupe de filles qui aiment les filles du monde et pondons le morceau de guitare qui va mettre à genoux d’émotion l’humanité toute entière. Utilisons notre grand esprit communautaire pour le mettre au service d’une œuvre de génie qui transcendera les barrières sexuelles. Soyons gipsy-gouines.

Ou bien laissons tomber la guitare et réhabilitons l’ocarina.

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