En 2006, le Conseil national du sida (CNS) avait publié un « Avis et des recommandations sur l’évolution du dispositif de dépistage » qui contenait bon nombre des propositions évoquées par la HAS. Le CNS recommandait de « généraliser la proposition de tests de dépistage, soumis à l’accord du patient, dans les régions à forte prévalence, lors des recours aux soins, pour la population sexuellement active ». Le CNS proposait aussi d' »inciter fortement au dépistage les hommes ayant eu des relations sexuelles avec des hommes » ainsi que pour les usagers de drogue dans des lieux fréquentés par ces populations.

PROPOSER LE TEST SYSTÉMATIQUEMENT
Ce qui change aujourd’hui, c’est ce que résume un des experts de la HAS cité par Libération: « Il ne faut certes pas instituer un dépistage systématique, mais il faut le proposer, de plus en plus systématiquement ». Il ne s’agit pas d’un jeu de mots. Plusieurs recherches sont en cours, notamment celle de Aides, Comtest (lire notre article) ou la campagne de l’association Actis (lire notre article) pour évaluer l’intérêt du dépistage communautaire, réalisé par des équipes associatives. Aux urgences des hôpitaux, des études permettent aux médecins de proposer systématiquement le test à des dizaines de milliers de consultants. Quand d’autres choisissent une voie hasardeuse, celles des autotests, vendus sur internet, sans aucune garantie de fiabilité parfois (lire notre article).

Alors, il y a urgence à revoir de fond en comble la politique de dépistage, sans délaisser pour autant la prévention et la prise en charge médicale et sociale. Cette refonte devra aussi s’accompagner d’une lutte plus forte contre les discriminations qui touchent les séropositifs et qui expliquent en grande partie ce que les associations constatent: les personnes atteintes hésitent en 2009 à témoigner de leur maladie et la vivent encore trop souvent dans le secret.

Roselyne Bachelot, qui a le rapport de la HAS sur son bureau, fera-t-elle mieux que ses prédécesseurs? C’est une affaire de volonté politique, mais surtout de moyens. Après avoir investi 1,5 milliard d’euros pour parer à l’éventualité d’une pandémie grippale, nous savons que ceux-ci existent.

Christophe Martet est le directeur de la publication de Yagg.