La scène se passe il y a moins d’un mois dans un grand laboratoire parisien d’analyses médicales. J’attends mon tour quand arrive à l’accueil un homme d’une trentaine d’années. L’infirmière lui tend une enveloppe. Il lit la lettre, parle avec l’infirmière. Elle lui répond suffisamment fort pour que je l’entende: « Non, ce résultat correspond à la situation avant la prise de risque, il faudra refaire un test ». Bonjour la confidentialité et les bonnes pratiques médicales en matière de rendu de dépistage…

MAL FAIT, MAL PROPOSÉ, MAL EXPLIQUÉ
Cette anecdote vient souligner ce que les rapports fustigent année après année: le dépistage est mal fait, mal proposé, mal expliqué. Et ceci explique en grande partie pourquoi des dizaines de séropositifs (40000 selon le rapport de la Haute autorité de santé – HAS) ignorent qu’ils ou elles le sont, faute d’information ou d’accès au test. Les recommandations de la HAS (lire notre article) vont dans le bon sens, puisque ses experts préconisent des campagnes de dépistage plus massives, plus ciblées, plus systématiques aussi. Le mot ne doit plus faire peur, même si l’on doit dans le même temps rappeler que c’est la liberté fondamentale de chacun de pouvoir dire oui ou non.

UNE ÉTUDE GLAÇANTE
Il y a quelques années, une étude glaçante de Dominique Costagliola, réalisée à partir des données hospitalières (DMI2), montrait que le risque de développer des complications ou de mourir du sida était 16 fois plus élevé chez les personnes dépistées tardivement au stade sida par rapport à celles qui connaissaient leur statut avant de développer la maladie. En 2009, les traitements marchent, de mieux en mieux. Selon les experts du rapport Yéni, ils permettent aux séropositifs d’avoir une espérance de vie similaire aux séronégatifs. Il ne faut plus passer à côté de cette chance-là. Alors, oui, mille fois oui, il faut intensifier le dépistage pour que les dizaines de milliers de séropositifs qui l’ignorent encore bénéficient d’une prise en charge adaptée.

Ce que le rapport de la HAS préconise n’est pourtant pas très nouveau. Déjà en 1997, un an après l’introduction des trithérapies efficaces, le débat sur le dépistage systématique avait ressurgi, mais devant la levée de boucliers, Bernard Kouchner, ministre de la Santé de l’époque, avait enterré le dossier. Depuis, à chaque année qui passe, et parce que le système mis en place dans les années 80, avec les Centres de dépistage anonyme et gratuit (CDAG) s’essouffle, la question est remise sur le tapis.