brunospire-150Pour Yagg, le président de Aides réagit à la publication du rapport de la Haute autorité de santé (HAS) qui préconise une incitation au dépistage auprès de la population générale et plus particulièrement auprès des populations les plus concernées – dont les gays (lire notre article).

Ce rapport de la HAS peut-il changer les choses? C’est possible. Disons que c’est utile, mais que ce n’est pas forcément gagné d’avance. Avec le nombre de recommandations de différentes instances qui ne sont jamais suivies d’effet, il faut rester prudent. Cependant, si la HAS avait dit le contraire, ça serait encore moins gagné d’avance.

Pour suivre ces recommandations à la lettre, quels moyens faudrait-il mettre en œuvre? Pour proposer un test à toute la population générale, il faut commencer par sensibiliser les médecins. Je ne sais pas si ça demande beaucoup de moyens. Les médecins généralistes sont très mal à l’aise vis-à-vis de la question du sida. Il faudrait accentuer la formation, notamment dans les études médicales. Cela nécessite une autre mentalité.

Et pour mettre en œuvre un dépistage répété auprès des populations les plus exposées, comme les gays, il faut diversifier les offres de dépistage. Pour développer le dépistage communautaire tel qu’on le promeut à Aides à travers des expérimentations type Comtest, il va falloir autoriser les non-médecins à faire du dépistage. Et donc changer la loi.

Y a-t-il consensus au sein des associations de lutte contre le VIH sur ce dernier point? Je ne sais pas, honnêtement. Nous avons commencé à faire ce type de dépistage. Je ne pense pas que nous soyons plus mauvais que les médecins, bien au contraire. Parce que cela fait des années que beaucoup d’acteurs associatifs sont sollicités par des personnes qui viennent d’apprendre leur séropositivité, à qui on l’a annoncé comme ça, sur le coin d’une table, et qui ne sont pas du tout à l’aise avec l’annonce. L’intérêt du dépistage associatif, c’est que nous savons ce que c’est de vivre avec le VIH et avec les risques. Nous avons également une démarche protocolisée d’annonce, une réflexion sur ce qu’est la séropositivité, un counselling que nous pratiquons depuis des années. Nous avons cette expérience.

Que faudrait-il faire plus spécifiquement pour améliorer le dépistage parmi les gays? Nous aimerions que le dépistage soit plus diversifié. Du dépistage hors les murs, avec des soignants ou des associatifs. C’est l’intérêt des tests rapides: de pouvoir aller au fin fond d’une banlieue ou de la forêt amazonienne pour rencontrer des populations qui ne vont pas se faire dépister en temps normal. Et puis il faut désacraliser le dépistage du VIH, que ce ne soit pas forcément synonyme de blouse blanche.

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