19 octobre 2009 14:56
Télé: « Mad Men », un regard fascinant sur les prémices de la révolution sexuelle
Publié par Maxime Donzel | Dans Télé
REGARDE UNE SECRÉTAIRE MONTER
Le pilote de la série s'était ouvert, et ce n'est pas un hasard, avec l'arrivée du personnage de Peggy Olsen (interprétée par Elisabeth Moss, la fille du président dans À la Maison blanche). Fraîchement embauchée au secrétariat, Peggy ne trouve pas sa place parmi les jolies secrétaires qui se font "sauter par les patrons". Ses tentatives sont infructueuses, elle ne se résout pas à ce rôle. Alors graduellement, elle se met à prendre des responsabilités professionnelles, prend du galon et devient l'unique femme dans un monde d'hommes. Ce qui est fascinant c'est de voir ses collègues prêts à toutes les saloperies pour s'empêcher d'avancer les uns les autres, mais qui ne se méfient pas de Peggy: ce n'est qu'une femme, elle n'ira pas bien loin. Pourtant, elle monte en grade, elle fait des erreurs, les corrige, elle apprend, elle essaye, pendant que ses congénères s'engluent dans leurs rivalités enfantines, en s'achetant des fusils quand leur virilité est remise en question. Ce qu'on a l'impression de voir au fil des épisodes, c'est la longue ascension d'une future reine de l'entreprise, le réveil du phœnix est inévitable. Peggy Olsen est une force, celle qui a résisté malgré elle au conformisme. Elizabeth Moss réussit à donner l'impression que son personnage est dépassé par ce qu'elle représente, Peggy Olsen brille par ce qu'elle n'est pas: elle n'a pas de convictions, pas de réflexion sur ce qu'elle est, elle semble incapable de faire autrement. Elle est le progrès, elle est le produit de la société dans laquelle elle évolue, et va faire tomber les codes-mêmes qui l'ont engendrée.
REGARDE UN INVERTI SE RETOURNER
Malgré une présence trop épisodique, l'autre personnage fascinant est Sal. Le créatif de la boîte, homosexuel refoulé, marié, masque assez mal (et c'est parfois lourd) son orientation sexuelle en essayant de coller au style local. Quand son patron Don Draper (qui l'avait surpris dans les bras d'un homme au début de la saison) lui reproche de ne pas avoir cédé aux avances d'un client important, puisque lui-même est de la jaquette, Sal est abasourdi. Il est loin d'être à l'aise avec son homosexualité, et ne réussit même pas à verbaliser ce qui est en train de se passer. Il dit simplement: "je n'ai rien fait". Don Draper lui répond: "mais tu aurais pu", avant de baisser les yeux, avec une déception méprisante, et murmurer un incroyable "you people" (en gros: "vous alors, les homos"). L'expression est révélatrice, à demi-mot, Don Draper assigne Sal à un peuple, il le définit en tant que minorité. Avant de le licencier. Sal, qui ne se voyait certainement pas comme homosexuel jusque-là, termine sa nuit, l'échine courbée, dans un lieu de drague, le territoire de "son peuple". Rester caché ne lui aura servi à rien, il aura été renvoyé malgré tout au rang inférieur, avec les femmes. Et quand tout son monde s'écroule, ce n'est pas vers "son épouse" qu'il se réfugie, c'est auprès de ceux qui sont, bon gré mal gré, les siens, avec qui il terminera probablement au Stonewall, où tout commencera. Et c'est le mâle dominant lui même qui l'y a envoyé.
Mad Men est une série lente. Elle montre des personnages qui évoluent doucement, pas à pas. Mad Men n'aurait pas pu être un film, tant la fiction ici prend son temps pour décrypter une époque. Ce qui est en marche dans Mad Men, c'est probablement l'une des plus saisissantes explications de la révolution sixties. Il fallait s'y attendre: pour comprendre les baby-boomers, il fallait regarder leurs parents.
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Tous les commentaires: 8
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Pitaladio | Publié 19 octobre 2009 à 15h20
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Xavier Héraud | Publié 19 octobre 2009 à 16h01
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Pitaladio | Publié 19 octobre 2009 à 16h03
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VonNeuneu | Publié 19 octobre 2009 à 16h16
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Jul | Publié 19 octobre 2009 à 18h10
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verbe | Publié 20 octobre 2009 à 11h35
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Yannick Barbe | Publié 20 octobre 2009 à 11h46 -
Pitaladio | Publié 20 octobre 2009 à 11h59
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