Alors que la saison 3 s’achève bientôt aux États-Unis, et après avoir été à nouveau auréolée de récompenses et de critiques favorables, Mad Men, la série de Matthew Weiner, laisse toujours l’audience de marbre. Il faut dire que le programme n’est pas très excitant: peu d’humour, peu d’action, et pas le moindre cameo de Britney Spears en vue. Pourtant la série mérite qu’on s’y plonge. Attention, spoilers!

Certes, les premières saisons agaçaient par leur façon de pointer lourdement du doigt les bizarreries des années 60 (elle est enceinte et elle FUME? quelle époque dingue! ) ou de recréer une atmosphère rétro d’agence de pub new-yorkaise trop minutieuse pour être crédible. Cet esthétisme est souvent cité comme la grande qualité de la série, alors que c’est selon moi son plus grand défaut: ce qui fait de Mad Men une série passionnante, c’est bien ce qui se passe à l’intérieur de ces décors impeccables et à l’intérieur de ces costumes étriqués. Surtout au niveau de la braguette.

REGARDE LES HOMMES TOMBER
Une silhouette d’homme en costume voit son bureau s’écrouler, avant de lui même tomber dans le vide, entouré d’images de femmes dans des publicités géantes. Dès le générique, l’idée est exposée: Mad Men n’est pas une série qui montre la suprématie hétéro-masculine des années 50, c’est une série qui va nous montrer comment cette suprématie s’est cassé la gueule. Et les épisodes au fil des saisons ne démentent pas cette hypothèse. Les héros victorieux de la Seconde guerre mondiale ont créé une société codifiée parfaite: le bureau est en centre-ville, la maison est en banlieue, la femme est aux fourneaux, et les enfants sont polis. La maîtresse est tout juste bonne à abandonner son bâtard en silence. L’élection de JFK, le discours de Martin Luther King sont des événements qui ont été souvent racontés par la fiction américaine du point de vue de la jeunesse beatnik qui participe à la métamorphose d’un pays, des fleurs dans les cheveux. Il est plus rare de lire ces moments-clés du côté des réactionnaires qui ne comprennent pas comment leur pays a pu dire non à Nixon en 1960.