Ils s’appellent David, Jérémy, Cynthia, Priscilla ou Jakob. Insultés pour certains, tabassés pour d’autres, en plein jour ou au milieu de la nuit, ils ont tous été victimes d’une agression homophobe, pris leur courage à deux mains et porté plainte.

Actes isolés? Loin s’en faut. L’homophobie cogne encore quand elle n’en vient pas à tuer. « Au cours de ces derniers mois, plus un jour ne se passe sans que les médias rapportent une histoire d’agression. On ne peut plus le nier, cela devient spectaculaire », indique Christine Le Doaré, présidente du Centre LGBT Paris Ile-de-France. Qu’en déduire? La liste des victimes est-elle en train de s’allonger ou seraient-elles simplement de plus en plus médiatisées? « Il y a tellement de bruit autour de ces terribles faits divers qu’on en arrive à douter de la véracité des faits comme dans l’affaire de Melun ces derniers jours. Cela donne prise à des choses assez surréalistes », ajoute Christine Le Doaré.

D’autant plus difficile de démêler la réalité de l’information-spectacle car si SOS homophobie pointe une baisse de la moitié des agressions entre 2007 (132 cas) et 2008 (61 cas), le comptage n’est pas si simple. « Il y a un trou dans la raquette », explique Christine Le Doaré avant d’ajouter: « Il nous faudrait un véritable observatoire car SOS homophobie ne couvre pas tout le territoire. » Sans parler de ces victimes qui ne passent pas par la case association pour porter plainte ou pire celles qui se terrent dans le silence.

Du côté de la police, le problème est même plus grave: aucun chiffre n’existe. Question de priorité politique. « Lorsqu’une victime se rend au commissariat, le policier entre un code spécifique à chaque agression. Il en existe un pour les agressions antisémites, un pour les agressions racistes ou même un pour le vol de portable, mais aucun pour les agressions homophobes! », s’indigne Hussein Bourgi, président du Collectif contre l’homophobie, avant de lancer un appel: « J’invite toutes les associations à faire pression sur Brice Hortefeux pour obtenir ce code spécifique. Pour qu’enfin on arrête de croire que nous fantasmons sur l’augmentation des agressions, pour qu’enfin on arrête de nous taxer de subjectivité et d’exagération. »