La Commission Foot Loisirs s’en mêle, annonce ce matin le site de lequipe.fr. Son président Jacques Stouvenel a affirmé qu’une réunion du comité directeur programmée le 13 octobre statuera sur les suites à donner à cette affaire, « un avertissement ou une exclusion » seront prononcés contre le club Créteil Bébel. Il a également rappelé que c’était une première pour le championnat amateur qui compte plusieurs équipes composées d’homosexuels: « nous avons huit équipes gays dans le championnat et nous n’avons jamais eu de problème. On joue tous en bonne intelligence. »

Lequipe.fr rapporte également les propos de l’ancien milieu du PSG Vikash Dhorasoo (voir article précédent), parrain du Paris Foot Gay depuis 2006, qui dénonce les faux semblants des instances dirigeantes, « les ligues et les fédérations font semblant de lutter contre les discriminations et le racisme ». Cette histoire serait donc un mal pour un bien.

L’entraîneur du Paris Foot Gay, et par ailleurs auteur du livre Un homo dans la cité paru le 5 octobre dernier, est intervenu hier sur le plateau du Grand Journal de Canal + (photo). À ses côtés Rama Yade, secrétaire d’État aux Sports a soutenu que la lutte contre l’homophobie serait un des points des « Grands défis » à relever dans le milieu sportif en France.

UN STADE SYMBOLIQUE POUR UNE RENCONTRE HYPOTHÉTIQUE
Dans un communiqué, Ian Brossat, président du groupe communiste et élu du Parti de Gauche au Conseil de Paris, a annoncé aujourd’hui qu’il « proposera par un vœu au prochain Conseil de Paris que la Ville mette à la disposition des deux équipes un stade faisant honneur à cette rencontre sportive, qui doit être l’occasion de favoriser la reconnaissance et le respect mutuel. » Il proposera également que « la Ville accentue ses actions de prévention et de lutte contre l’homophobie auprès des clubs sportifs parisiens. »

UN REGARD SOCIOLOGIQUE SUR L’HOMOPHOBIE
Après les réactions des associations, des politiques et des sportifs, Yagg a recueilli le témoignage d’un universitaire sur l’affaire Paris Foot Gay. Coauteur du livre Sport et homosexualités paru en 2008, Philippe Liotard travaille à l’université de Lyon 1 et écrit dans la revue Quasimodo qu’il a contribué à créer. Chercheur à la faculté des sports, il étudie l’homosexualité dans ce milieu d’un point de vue sociologique. Auteur de la seule thèse en France sur le sport et l’homophobie, soutenue par Guillemette Pouliquen, l’universitaire axe son étude sur les thèmes qu’il appelle « marginaux ». Dans « Sport, Genre et Vulnérabilités », le nom donné à sa thématique, Philippe Liotard questionne l’histoire contemporaine du corps modifié (les questions identitaires) et l’éducation à la sexualité pour l’adolescent. Une éducation telle qu’elle se fait sous l’influence d’internet et du quotidien. Dans le chapitre « Sport et homophobies », il aborde le thème des « fonctions éducatives de l’homophobie sportive ». Pour lui, l’éducation est « un processus, la transmission d’une culture, d’un savoir objectif et de valeurs subjectives ». L’homophobie produit cet effet éducatif, sa présence dans le sport collectif  « transmet un idéal de masculinité, de sexualité » qui participe à perpétuer « la culture de l’humiliation ». Cette culture de l’humiliation passe pour l’auteur par des « violences discrètes, des violences dont personne ne parle comme des vexations ou des injures telles que « on ne joue pas comme des pédés « . « Ce genre d’homophobie est la plus efficace et la plus perverse », écrit-il.

« UNE HOMOPHOBIE ORDINAIRE ET INVISIBLE »
Interrogé par Yagg sur l’affaire Paris Foot Gay, il estime que cette controverse est « révélatrice de la perception sociale de l’homosexualité » et parle d’une « homophobie ordinaire, invisible ». C’est une homophobie telle qu’elle se joue dans la société. Le comportement du club de Créteil Bébel et son refus de jouer contre l’équipe adverse est une « réaction individuelle et ne relève pas d’une réflexion théorique ». En témoignent les propos qu’aurait tenus l’un des joueurs qui aurait déclaré ne pas soutenir le mail envoyé par son dirigeant Zahir Belgharbi. « Zahir Belgharbi ne peut viscéralement supporter l’idée de jouer contre cette équipe », interprète Philippe Liotard. Pour illustrer ses propos, il donne l’exemple du comportement d’un de ses collègues lors du colloque « Sports et homosexualité » organisé en 2006 à la faculté de Lyon. Une assemblée générale des Gay Games s’y était tenue et l’homme en question n’avait « pu » serrer la main du trésorier lorsqu’il avait appris son homosexualité. « Ces personnes-là n’ont pas conscience de leur homophobie », affirme l’auteur, comme le soulignent les propos de Ben, entraîneur de Créteil Bébel: « bien sûr qu’on va jouer ce match, pour prouver qu’on n’est pas homophobes ».

Mais en se stigmatisant comme un club de musulmans pratiquants, « la peur de l’homosexualité s’est transformée dans les esprits en une peur de l’intégrisme islamiste ». Philippe Liotard lui-même s’est dit surpris des commentaires postés par des musulmans suite aux articles publiés sur internet. Il s’étonne qu’il n’y ait pas eu plus de réactions agressives envers Paris Foot Gay. Des musulmans ont même affirmé qu’ils trouvaient « ridicule » la réaction de l’équipe de Créteil Bébel. Pour l’auteur, il est impératif de parler de l’homosexualité, souvent tue, dans le milieu sportif, pour venir à bout de comportements profondément ancrés.

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