Le film suédois Les Joies de la famille est sorti hier dans les salles de cinéma françaises. À cette occasion, Yagg a posé quelques questions à sa réalisatrice, Ella Lemhagen.

Votre film est adapté d’une pièce de Michael Druker. En quoi est-il différent de l’œuvre originale? Le film est très différent de la pièce, mais le sujet est, évidemment, le même. C’est l’histoire de ce couple gay qui veut adopter un bébé, mais au lieu d’un petit garçon d’un an et demi, un adolescent apparaît. Dans la pièce, c’est plus un dialogue entre les trois personnages, et ils passent quelques heures ensemble avant que Patrik parte. Dans le film, on suit les personnages sur une période plus longue, et je me suis concentrée plutôt sur les relations, et comment elles évoluent. C’était aussi très important pour moi que ce soit une histoire d’amour. Je voulais montrer l’amour et les difficultés, dans le couple que forment Göran et Sven, mais aussi entre le couple et ce garçon.

Comment avez-vous choisi les acteurs qui incarnent Göran (Gustaf Skarsgård) et Sven (Torkel Petersson)? J’ai fait des essais avec de très nombreux acteurs, et au début je me disais qu’il faudrait qu’ils soient un peu plus âgés. Je trouvais en particulier Gustaf Skarsgård (qui n’avait que 26 ans) trop jeune. Mais je voulais faire l’essai avec lui de toute façon, parce qu’il est l’un de mes acteurs suédois préférés, et quand je l’ai vu avec Torkel, j’ai compris que Göran, c’était lui, même s’il était trop jeune. Je croyais vraiment en leur amour, et c’était le plus important pour moi.

J’avais déjà travaillé avec Torkel pour le film Immediate Boarding (2003), et j’adore son côté cinglé, mais je craignais qu’il soit un tout petit peu trop barré pour un film comme celui-ci. Même s’il y a des éléments comiques, il y a surtout une histoire dramatique et émotionnelle qui doit être racontée avec beaucoup de sensibilité. J’avais peur que Torkel fasse des blagues sur tout, et que cela les rendent moins crédibles. Mais comme avec Gustaf, lorsque je les ai vus ensemble, j’ai compris que c’était le couple parfait, et j’aurais presque pu croire qu’ils étaient vraiment amoureux (même si je sais qu’ils ne le sont pas).

Comment Gustaf Skarsgård et Torkel Petersson ont-ils abordé le fait de jouer des personnages homos? Ils ont beau être hétéros, ça ne leur posait aucun problème. Je sais, d’expérience, que souvent les acteurs aiment essayer des trucs difficiles, mais il est vrai aussi qu’un certain nombre de ceux qui ont passé le casting ont posé pas mal de questions sur le couple gay et le type de situations que le film allait montrer. Le sujet semblait les mettre un peu mal à l’aise. Pas Gustaf et Torkel en revanche, parce que ce sont deux acteurs vraiment cool et professionnels (et le fait qu’ils se connaissent déjà a peut-être aidé).

Quel est le message que vous voulez faire passer avec Les Joies de la famille? Pour moi, c’est un film sur l’amour et la famille. Une famille n’a pas besoin de suivre un chemin traditionnel, et l’amour peut grandir là où on l’attend le moins.

La Suède est souvent vue en Europe, et probablement hors Europe également, comme l’un des premiers pays à avoir autorisé les couples de même sexe à adopter, ce qui en fait une sorte de paradis pour celles et ceux qui rêvent d’élever un enfant. Mais votre film montre une réalité très différente. Est-ce à ce point difficile pour un couple gay de se voir confier un enfant? Et est-ce différent pour les couples lesbiens? Malheureusement, la Suède n’est pas un paradis. Je ne suis pas experte en la matière, mais ce que je sais avec certitude c’est qu’aucun couple gay n’a adopté depuis 2005, année où la loi est entrée en vigueur. Je sais que des couples ont fait des demandes, mais le problème, comme le montre le film, est que les autorités ne savent pas comment gérer la question, parce qu’elles disent qu’aucun pays n’accepte que ses enfants soient adoptés par des couples homos. Idem pour les couples lesbiens.

Sur quoi travaillez-vous en ce moment? J’ai un projet passionnant avec Filmlance, la société qui a produit Les Joies de la famille, mais il est encore un peu tôt pour en parler. À part ça, je voyage beaucoup avec Les Joies de la famille, qui a été invité dans de nombreux festivals et vendu dans plusieurs pays, un peu partout dans le monde.

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