Retournement de situation dans l’affaire du Paris Foot Gay, les joueurs de Créteil Bébel seraient prêts à jouer contre l’équipe. Sur son site, RMC info rapporte les propos de Ben, capitaine du club Créteil Bébel, joint par la radio tard dans la soirée: « Une majorité de l’équipe est choquée certes que cette équipe puisse s’appeler Foot Gay… mais on ne cautionne pas le mail de notre dirigeant. D’ailleurs, il ne nous a pas prévenus de l’envoi de ce courrier. Il a été dépassé par les événements ». Fin du feuilleton, se réjouit RMC. Mais dans un nouveau communiqué, Paris Foot Gay, qui se dit toujours sans nouvelles officielles du club de Créteil Bébel, fait part de ses doutes quant à l’identité de « Ben ». « Nous attendons donc toujours de la part de l’équipe de Créteil Bébel un écrit pour s’excuser, et pour nous expliquer leurs nouvelles intentions », rappelle l’association. « Nous sommes évidemment prêts à jouer un match contre toutes les formes de discriminations mais, encore une fois, encore faudrait-il que cela soit réellement dans les intentions des dirigeants ou des joueurs de Créteil Bébel. À ce jour, rien ne permet de l’affirmer. »

RAPPEL DES FAITS
Lorsque le club de Créteil Bébel a annulé la rencontre, le week-end dernier, avec le Paris Foot Gay (lire notre article) en invoquant une incompatibilité entre ses convictions religieuses et le nom de son adversaire, l’équipe, qui milite contre l’homophobie, a immédiatement demandé à la Commission Football Loisirs (CFL) de prononcer des sanctions adéquates. Trois jours après les faits, cette affaire suscite de vives réactions de la part de l’opinion publique, des politiques et des associations LGBT.

Dans un communiqué publié ce matin, SOS homophobie s’inquiète du « développement de discours religieux visant à discriminer certains individus, notamment les femmes et les lesbiennes, gays, bi et trans' ». L’association « appelle au strict respect des principes laïques de la République et condamne l’ingérence sans cesse croissante de certains discours religieux intolérants et discriminants dans la sphère publique et la vie privée des individus ». Pour le Centre LGBT Paris Ile-de-France, « refuser de disputer une rencontre parce que le nom du club comporte le mot gay est intolérable! Heureusement, nous n’en sommes plus là et les convictions religieuses du Créteil Bébel ne les placent pas au dessus des lois ». Gaylib, mouvement associé à l’UMP chargé d’évoquer les problématiques liées à l’homosexualité, a également condamné les propos du Créteil Bébel qu’il qualifie « sans réserve de comportement indigne, sectaire et d’une violence homophobe parfaitement assumée ».

« LE SPORT C’EST LA FRATERNITÉ »
Face à ces déclarations, le gouvernement a témoigné hier son soutien à Paris Foot Gay par la voix de Rama Yade, la secrétaire d’État aux Sports. « Si ça continue, on va refuser de jouer contre des noirs, des juifs », a-t-elle déclaré, citée par l’AFP. « Le communautarisme n’a pas sa place dans le sport. Le Sport c’est la fraternité, j’ai été très choquée. » Ce, alors que la secrétaire d’État rappelait le même jour les valeurs du sport français dans son discours sur les nouveaux défis à relever en France.

Le milieu sportif n’a pas été le dernier non plus à répliquer aux déclarations du club de Créteil Bébel et s’est lui aussi insurgé. La Fédération Française de Football, qui précise que les deux équipes (Paris Foot Gay, Créteil Bébel) ne figurent pas parmi les clubs affiliés à la FFF, réaffirme néanmoins dans son communiqué « sa détermination à lutter, chaque jour et sur tous les terrains, contre toutes les formes de discrimination et bien sûr contre l’homophobie ». Les notions de respect et de tolérance sont la base de la pratique du football et doivent être préservées, insiste-t-elle.

DE LA DIVERSITÉ DANS LE FOOT
Le parrain du Paris Foot Gay, Vikash Dhorasoo, ancien footballeur et réalisateur du film Substitute, un documentaire qui dépeint la vie de l’équipe de France de Football de l’intérieur, a été interrogé sur le site lepoint.fr et attaque directement les raisons invoquées par Créteil Bébel: « J’espère que ce n’est pas écrit dans le Coran qu’il est interdit de jouer au foot contre des homosexuels ». Et enchaîne sur la nécessité de poursuivre le combat contre toute forme de discrimination, y compris l’homophobie. Plus virulent encore, Vikash Dhorasoo en remet une couche sur le site sofoot.com et ironise sur le nom du Paris Foot Gay: « Le Paris Foot Gay aurait pu s’appeler les Gays du Christ (il paraît que Jésus sortait avec Jean) ou les Homosexuels d’Allah (aucune info compromettante concernant Allah) ou les Juifs PD ou “les Bouddhas de Banlieue” (Bouddha était homo –à vérifier –) ». S’adressant au responsable du Créteil Bébel, il poursuit: « Oui il y a des footballeurs homosexuels et ce n’est pas une maladie. Il y a même certainement des Musulmans homosexuels. Ça vaut peut-être le coup si ce type plante 15 buts par saison de partager la douche avec lui. On pourrait entendre à la buvette « sacré buteur le Mohamed, dommage qu’il soit PD » au lieu de « sacré buteur le Mohamed, dommage qu’il soit arabe ».

À lire également:
Grégory Raulin, le président des Gaillards, club de rugby gay de Paris créé en 2004, interrogé par l’express.fr sur la question de l’homophobie dans le rugby.


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