Régulière comme l’arrivée du Beaujolais et le roman annuel d’Amélie Nothomb, et tombant presque exactement entre les deux, voici la Nuit Blanche de Paris, le 3 octobre, organisée cette année en trois parcours: autour des Buttes Chaumont, dans le Marais, et dans le quartier Latin. Proposition d’un itinéraire très subjectif, concocté par Vincent Simon, pour bien commencer la soirée de demain samedi.

UN « PLONGEON » AUX BUTTES CHAUMONT
Une petite mise en jambe à l’Espace PailleronXavier Veilhan a installé son Plongeon sur la patinoire! Il s’agit d’un de ces beaux tableaux lumineux réalisés par l’artiste, des séquences filmiques transposées sur des panneaux recouverts d’ampoules. Le communiqué de presse nous indique, sans plaisanter, que le cadre est idéal!

Si vous voulez piquer une tête, optez néanmoins pour la piscine du même endroit qui accueillera des éclairs de néons conçus par Pierre Ardouvin. Une rare occasion d’exercer en même temps deux de mes activités préférées: voir de l’art contemporain et des hommes en maillot de bain!

Les sportifs pourront poursuivre dans le même registre avec le terrain de football vallonné installé par Priscilla Monge sur la Place Stalingrad: rendez-vous garanti avec les ados du quartier!

Celles et ceux qui se sentent d’une humeur plus guinguette pourront prendre le chemin des Buttes Chaumont. Ils ne seront pas cette nuit-là obligés de se ranger immédiatement derrière les barrières de sécurité du Rosa Bonheur, un verre à la main. Ils pourront en route déambuler dans le parc à la rencontre d’œuvres lumineuses: la fête foraine déglinguée de Vincent Olinet, modeste et poétique, et le champ de lampes de bureaux de Rune Guneriussen, Don’t leave the lights on. À ne pas manquer: Chaud les marrons! Installation de Noël Dolla célébrant 220 ans de lutte révolutionnaire avec pluie de parapluies rouges, de disques dorés, de bateaux en papier voguant sur le bassin, de chants révolutionnaires et de barbes à papa. Dommage qu’il n’ait pas appelé tout ça « La butte rouge », ce qui eut été un peu plus cinglant et sanglant.

OVNI ROSE DANS LE MARAIS
Celles et ceux qui ne souhaitent pas s’éloigner de leurs bars préférés pourront tout de même participer aux festivités, avec un programme de qualité dans le Marais. Il est conseillé de descendre à la station Arts et Métiers où Francis Paire est intervenu dans les hublots pour faire apparaître un paysage éclairé de panneaux publicitaires vides.

Ce sera l’occasion d’écouter le grand mix proposé par les Ateliers de Création Radiophonique de France Culture sous le très beau titre Toujours quelqu’un écoute et quelqu’un n’entend pas. Ce mix sera diffusé toute la nuit dans toutes les stations de la ligne 11 du métro. Trois bonnes raisons pour ne pas le manquer: les ACR sont un bijou de la radio publique française; écouter des extraits des émissions de Guesch Patti, Vincent Dieutre, Georges Tony Stoll, entre autres, mixés par Patrick Vidal, c’est presque un devoir esthético-identitaire; ça fait des années que je rêve d’entendre autre chose dans le métro que « Beware pickpockets »!

Passez au Musée de la chasse et de la nature pour voir la vidéo de Guillaume Baychelier, inspirée d’un conte de Flaubert: Et pour s’en retourner chez lui, il rentra dans la forêt. L’œuvre semble sombre et maniériste, transcrivant l’inquiétante étrangeté du conte ensorcelé de Flaubert (photo ci-dessous).
Guillaume Baychelier

À deux pas de là, Michael Elion, artiste sud-africain, fera flotter un ovni rose fluo (photo en début d’article) au-dessus des Archives nationales. Après la révélation de District 9, je me dis qu’il nous arrive de drôles de choses d’Afrique du Sud, sublimes et menaçantes, et qu’on n’aura peut-être rien vu d’aussi beau à Paris depuis qu’Act Up a enfilé une capote rose sur l’obélisque de la Concorde.

BOULE À FACETTES GÉANTE DANS LE QUARTIER LATIN
Toujours plus camp! Faites un saut au Jardin du Luxembourg, au centre du troisième parcours. Michel de Broin doit y suspendre une boule à facettes géante qui sera sous les feux d’une batterie de projecteurs DCA, autrement dit de défense antiaérienne. Une invitation à danser sous les bombes.
Michel de Broin

Pour les foucaldiennes, l’École normale supérieure ouvre ses portes à l’artiste conceptuel belge Eric Duyckaerts, facétieux archéologue du savoir, qui y prononcera une conférence-performance toute la nuit. Dans les jardins de l’école, un mix de la Captive Bird Society par Margarita Gluzberg. Un peu plus loin, Sarkis investit la Grande Mosquée de Paris avec un miroir parfumé à la rose.

Après tout ça, pour continuer à danser sous les bombes jusqu’à la fin de la nuit, je m’enfuirai personnellement à la Java pour la Flash Cocotte!

Vincent Simon

Toutes les infos sur le site officiel de la Nuit Blanche 2009.

Envie de plus d’infos Yagg? Inscrivez-vous gratuitement à la newsletter en cliquant ici.