Il aura fallu deux jours et demi d’audience et près de trois heures de délibéré pour que les jurés de la cour d’assises de Toulouse se prononcent sur la culpabilité ou non d’Hakim Edir, accusé du meurtre de Laurent Francazal, en 2006.

Dans un communiqué particulièrement détaillé et poignant, le Collectif Contre l’Homophobie raconte par le menu le procès qui s’est conclu par la condamnation d’Hakim Edir à 30 ans de réclusion, « soit la peine maximale encourue ».

« Cadet d’une fratrie de 5 enfants dont les aînés sont parfaitement insérés socialement alors que lui a sombré dans les incivilités, la violence et la délinquance dés l’âge de 14-15 ans (…), Hakim Edir est né dans une famille dans laquelle le père a longtemps violenté ses enfants et sa femme, avant de s’en séparer et de refaire sa vie. Hakim Edir a très tôt reproduit les violences brutales dont il était le témoin et parfois la victime. Les services sociaux l’ont alors placé dans des institutions spécialisées afin de rompre avec le cycle des violences en série. En vain! À tel point, qu’à 21 ans il avait fait l’objet de 15 condamnations pour des trafics de stupéfiants, des violences volontaires, des vols.

« SPÉCIALISÉ DANS L’AGRESSION DES HOMOSEXUELS »
L’audience a également permis de découvrir à la stupéfaction générale qu’Hakim Edir s’était « spécialisé » dans l’agression des homosexuels à des fins crapuleuses. (…) Concernant l’assassinat de Laurent Francazal, l’enquête a permis de constater qu’Hakim Edir avait passé 5 heures entre mars et avril 2006 sur des réseaux téléphoniques gays et 2 heures sur des réseaux téléphoniques hétérosexuels et qu’il s’était connecté une trentaine de fois sur des sites gays de rencontres à la recherche de victimes à dépouiller et à cambrioler. L’enquête a permis également de révéler qu’Hakim Edir s’était connecté une dizaine de fois, cinq soirs de suite, à des sites gays de rencontres en novembre et décembre 2006, soit quelques jours avant l’assassinat de Laurent Francazal.

Les enquêteurs ont également découvert qu’Hakim Edir avait annoncé à Bastien Andrieu, son ami qui l’hébergeait, qu’il envisageait de cambrioler un dénommé Francis, homosexuel de couleur noire rencontré dans les rues de Toulouse. Une semaine plus tard il se ravisait indiquant à son ami qu’il avait changé de cible après avoir fait la connaissance d’un autre homosexuel qui semblait avoir plus d’argent. Il s’agissait de Laurent Francazal.

Les coups de couteau portés à Laurent Francazal dans la nuit du 14 au 15 décembre 2006 ont été d’une violence inouïe: un coup de couteau au mollet qui est allé buter contre le péroné, plusieurs coups de couteau au thorax et enfin un à la carotide, tranchée sur 8 cm, qui allait provoquer la mort de la victime dans d’atroces souffrances. »

L’HOMOPHOBIE, ÉLÉMENT DÉTERMINANT
« Dans leurs plaidoiries les avocats de parties civiles ont beaucoup insisté sur le ciblage des victimes homosexuelles », poursuit le communiqué. « En effet ils ont tous souligné que « si l’homophobie n’était pas l’élément central du dossier, il en était un élément déterminant ».

(…) Enfin l’avocat général dans un réquisitoire implacable a vigoureusement critiqué la lâcheté d’Hakim Edir; il a stigmatisé « son comportement complètement opposé à celui des victimes qu’il rencontrait: des homosexuels, qui ne dissimulent pas leur homosexualité, qui ne cachent pas leurs intentions, qui ne mentent pas ». Celui-ci a conclu en requérant 30 ans de réclusion criminelle contre Hakim Edir, ainsi que trois ans de prison dont une large partie avec sursis pour Bastien Andrieu, l’ami qui hébergeait Hakim Edir et qui a accepté une partie des effets vestimentaires volés à la victime. Après les réquisitions, et la plaidoirie de son avocat, Hakim Edir qui avait fait preuve de combativité pendant les jours précédents, coupant la parole aux avocats et au Président, haussant parfois le ton, a tenu à lire un mot faisant part de « sa honte et de ses regrets ».

À l’issue du délibéré, les jurés ont condamné Hakim Edir à 30 ans de prison, et Bastien Andrieu (qui avait déjà effectué 5 mois de détention préventive) pour recel d’objets volés à 1 an de prison avec sursis.

Cette sévère condamnation fut accueillie avec soulagement et satisfaction par les proches de Laurent Francazal: plusieurs dizaines de membres de sa famille, plusieurs de ses collègues de la mairie de Toulouse où il travaillait, et ses très nombreux amis avaient tenu à assister à l’intégralité du procès en souvenir d’un homme qui semblait particulièrement attachant et apprécié par les siens. De nombreux homosexuels toulousains qui connaissaient Laurent Francazal de vue, ou qui avaient été touchés par les circonstances de sa mort, ont également tenu à être présents à l’audience. »

« UN SENTIMENT D’IMMENSE GÂCHIS »
C’est ici que le communiqué prend un ton plus personnel: « Depuis sa création en 1997, c’était la première fois que le Collectif Contre l’Homophobie accompagnait les proches d’une victime assassinée. Ce fut une expérience émotionnellement éprouvante; malgré la sévérité de la peine prononcée, l’apaisement tant attendu n’est pas au rendez-vous. Après ces longues années de préparation, ces 2 jours et demi d’audience,  je reste, comme les proches de Laurent Francazal, sur un sentiment d’immense gâchis », souligne Hussein Bourgi, le président de l’association.

Qui conclut: « Nous formons le vœu que ce tragique fait divers permette aux homosexuels de prendre davantage conscience de la potentielle gravité de certaines rencontres. Nous espérons que cela les incitera à faire davantage preuve de prudence. Nous souhaitons que les nombreuses agressions commises par Hakim Edir contre des homosexuels convainquent les plus réticents de l’utilité de porter plainte et de l’intérêt de contacter rapidement les associations. Nous voulons que la mort de Laurent Francazal permette de mesurer les conséquences extrêmes de l’homophobie. »

L’avocat d’Hakim Edir a fait savoir qu’il faisait appel.

Ailleurs sur la toile:
Le site du Collectif Contre l’Homophobie

Le meurtrier de Laurent condamné à 30 ans de réclusion criminelle (La Dépêche.fr)

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