Franck Barbier, de AidesPrévention, traitement, vaccin: des recommandations spécifiques pour les séropositifs liées à l’épidémie de grippe A (H1 N1) doivent être rendues publiques ce jeudi par le ministère de la Santé. Franck Barbier, de Aides, qui a participé aux travaux du groupe d’experts, nous en présente les principales dispositions.

Vous avez participé aux travaux du groupe d’experts. Quels en étaient les objectifs? Le groupe a été réactivé par Patrick Yeni, de l’hôpital Bichat, à la demande du ministère de la Santé. Il comprend deux représentants des malades et usagers du système de soins, à travers le TRT-5. L’idée était de produire des recommandations sur la grippe A pour les personnes vivant avec le VIH, à côté des recommandations pour la population générale. Certaines sont communes, d’autres sont spécifiques, d’autres enfin sont les mêmes mais renforcées.
 Il y a une fragilité à prendre en compte. En raison de l’immunodépression, de pathologies associées, d’un état général de santé qui a pu être plus « secoué » dans l’histoire thérapeutique individuelle ou aussi de conditions de vie plus précaires et difficiles, on a pu observer, notamment avec la grippe saisonnière « classique », plus de complications et d’infections chez les personnes séropositives. C’était surtout le cas avant l’arrivée des trithérapies, avec de nombreuses hospitalisations consécutives à des grippes, mais cela existe encore.

Il faut noter cependant qu’aucune donnée scientifique ou retour d’expérience de la part des médecins ne montre, actuellement, qu’il y aurait plus de problèmes chez les séropositifs que pour d’autres avec cette grippe A. Ce qui apparaît pour l’instant, c’est que les personnes les plus fragiles seraient les jeunes et les femmes enceintes. Cependant, un observatoire des personnes séropositives atteintes de grippe A est actuellement mis en place, par l’Agence nationale de recherches sur le sida (ANRS) et l’Institut de microbiologie et maladies infectieuses, pour suivre d’éventuels signaux chez les personnes séropositives, qu’il faudrait prendre en compte rapidement.

Quelles recommandations spécifiques pour les séropositifs ont été émises par le groupe d’experts, d’abord en matière de prévention, puis en ce qui concerne le traitement proprement dit? En terme de protection contre le virus A (H1N1), la vaccination est une mesure importante possible. Elle est notamment recommandée pour les personnes dont l’état général est plus fragile: un taux de CD4 bas (inférieur à 500/mm3), mais aussi des pathologies associées comme les fragilités des poumons, les conditions de vie, le fait de fumer ou pas. Il s’agit d’une recommandation générale, qui demandera du cas par cas, en gardant toujours en tête un équilibre favorable dans la balance bénéfice/risque. C’est pourquoi le dialogue soignant/soigné est important, ce ne sera pas l’infectiologue ou le médecin traitant qui feront normalement l’injection, pour se faire vacciner, les personnes se rendront avec un bon de vaccination dans des centres d’accueils collectifs. Il est important que les personnes séropositives en parlent dès maintenant, lors des consultations habituelles, avec leur spécialiste du VIH, et c’est d’ailleurs majoritairement le cas, semble-t-il. Un essai sur la vaccination chez les personnes séropositives va démarrer bientôt pour en suivre les particularités.

Autre vaccination recommandée, mais elle l’était déjà dans le rapport Yeni 2008, et même fortement recommandée, celle pour se protéger de pneumopathies bactériennes, une des principales complications d’une grippe. Le vaccin se nomme Pneumo23. Il y a, en ce moment et selon les endroits en France, des ruptures momentanées d’accès à ce vaccin, et à Aides nous avons rapporté ces problèmes au ministère de la Santé et à l’Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé). On nous dit que la question devrait être réglée sous peu, pour que du fabricant aux pharmacies, en passant par les grossistes, la chaîne fonctionne correctement.

Le vaccin contre la grippe A (H1N1) sera-t-il prescrit gratuitement aux personnes atteintes par le VIH? Oui, le ministère nous a assuré qu’à la fois l’acte et le produit seraient sans coût pour les personnes. Et les masques dits « chirurgicaux » seront fournis gratuitement pour toute prescription en lien avec la grippe A lorsqu’on se rendra en pharmacie. Il reste un doute sur les modalités de prise en charge totale et à 100% des antiviraux.

Le rapport recommande aussi un traitement prophylactique, préventif donc, par Tamiflu ou par Relenza. Pourquoi? Les personnes non vaccinées, avec plus de facteurs de vulnérabilité, peuvent se voir prescrire un traitement préventif si elles ont eu un contact avec des personnes grippées. Cela dépend de ce qu’on entend par « préventif » et de ce que l’on cherche à prévenir. Il n’y a pas de recommandation globale de traitement préventif (pré-contact) ou continu  chez les séropositifs en général. En fait, on pourrait comparer l’utilisation des antiviraux, Tamiflu et Relenza, au « traitement d’urgence », le traitement post-exposition, que nous connaissons bien dans le VIH. Si on a des symptômes de grippe: toux, fièvre, difficulté à respirer, c’est-à-dire « un risque » probable d’avoir attrapé la grippe A, plus on se rend rapidement chez son médecin, plus le traitement antiviral pourrait être efficace. Cela veut dire pris dans les 48 heures et même, idéalement, dans les 12 heures. Cette efficacité du traitement n’empêche pas toujours la grippe de s’installer , mais vise à prévenir des symptômes sévères, et à réduire leurs conséquences et leur durée.

Si le scénario de la pandémie s’avérait plus dramatique que prévu (transmission très forte, virus plus malin), pensez-vous que les populations prioritaires pourront le rester longtemps? En clair, est-ce que tout le monde ne va pas vouloir bénéficier du traitement et du vaccin? Nous savons que la forte transmission est déjà un fait établi. Ce virus se propage rapidement. Selon les modèles, 30% ou plus de la population pourrait attraper cette grippe dans les prochains mois. Mais concernant la virulence, des études récentes, chez le furet, ont déjà montré une absence de gène de virulence. Si le virus se montrait plus « malin », ce serait donc suite à une évolution génétique ou à une recombinaison. Dans ce cas, ce n’est pas sûr de toute façon que les vaccins actuels resteraient efficaces, donc la question de la priorité d’accès deviendrait en partie virtuelle. Mais là, c’est un scénario un peu « catastrophe », et rien actuellement ne va dans ce sens, heureusement.
 Concernant les stocks de traitement antiviraux, l’État dit avoir fait des « réserves stratégiques ». Cependant, si tout le monde devait utiliser les antiviraux en préventif par rapport à un tel scénario, ce serait certainement absurde car les médicaments pourraient devenir inutiles, le virus finissant par y devenir résistant.

Quel rôle pourraient jouer les associations pendant la pandémie? Merci de cette question, car nos associations de lutte contre le VIH/sida, comme Aides, avec le TRT-5, si elles participent aux groupes d’experts ou aux réunions avec le ministère, ce n’est bien évidemment pas en tant que médecins, ce que nous ne sommes pas, mais pour défendre les besoins exprimés par les personnes séropositives. Des besoins qui ne sont pas forcément toujours « thérapeutico-thérapeutiques ». Rappeler l’importance du rapport bénéfice/risque, soutenir le dialogue soignant/soigné, préserver l’autonomie d’un choix éclairé, suivre l’accès réel aux recommandations, poser la question des barrières de coûts éventuels ou de conditions de vie face à des scénarios idéaux ou trop bien huilés, agir comme relais en favorisant l’information accessible, et remonter aux pouvoirs publics les questions que les personnes et les militants nous posent… Voila tout ce que nous pouvons faire.

À côté de cela, à Aides, il y a le souci de l’accueil des personnes et des militants dans de bonnes conditions. C’est pourquoi à côté des mesures de prévention et de protection individuelles, il s’agit aussi que la prévention collective soit priorisée par l’État, en permettant aux actions de réduction des risques sanitaires liées aux hépatites virales ou au VIH de se poursuivre, dans les mois qui viennent. On peut penser que les risques liés à la grippe sont aussi très « sociétaux », et que tant l’organisation des soins que celle du système intermédiaire ou médico-social, sont des questions essentielles pour la santé des personnes, surtout les plus vulnérables. La grippe peut aussi « gripper » le système, ne l’oublions pas. Le rôle des associations est tout aussi important de ce point de vue.

À lire: L’intégrale des recommandations pour les séropositifs concernant la grippe A (H1NI1).

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