Depuis quelques années, HBO et Showtime se sont imposées comme les deux plus gros pourvoyeurs de séries télé, et en particulier de séries gay-friendly. À l’heure où les chaînes françaises font leur rentrée, Yagg a eu envie de jeter un œil outre-Atlantique. Le match s’annonce une fois de plus passionnant. Vous laisserez-vous prendre?

DES SÉRIES D’AUTEURS
Fin des années 90, HBO ouvre une nouvelle ère dans la création en sacrant des séries dites d’auteurs: révolutionnaires, addictives, méchamment drôles ou drôlement méchantes, voire sexy ou sulfureuses. On est en 1997 quand débarque la série carcérale OZ. Suivront Sex and the City, Six Feet Under et Les Soprano. HBO est alors au top de sa forme, puis c’est la dégringolade.

Alors que les mythiques Soprano tirent leur révérence en 2007, HBO n’a pas grand-chose à se mettre sous la dent et refuse… Mad Men. Chez Showtime, on enchaîne les succès: Queer As Folk (2000), The L Word (04), Weeds (2005), Dexter (2006), Californication (2007) et The Tudors (2007). Ça commence à faire beaucoup et on se demande comment HBO pourrait relever la tête… C’est la fin de l’état de grâce et Showtime en profite largement.

Mais ils sont deux à venir à la rescousse d’HBO. D’abord Alan Ball, le créateur du culte Six Feet Under, revient en septembre 2008 avec True Blood, une histoire de vampires. Tout le monde reste circonspect, n’empêche la série enchaîne les records d’audience (on y reviendra dans un prochain article). Et enfin Sue Neagle, 39 ans, la nouvelle boss, mise sur du gros avec Boardwalk Empire, de Martin Scorsese, prévu l’an prochain.

En attendant, les deux chaînes se livrent une bataille des séries au pitch le plus casse-gueule… et ça paie. Voici nos préférées:

United States Of Tara
Écrite par Diablo Cody (géniale scénariste de Juno), produite par Steven Spielberg. Une mère de famille atteinte de troubles de la personnalité abandonne son traitement pour comprendre qui sont ses alter ego (une ado cinglée, une Bree van de Kamp plus coincée que l’originale et Buck, un vieux motard dégueulasse).
Verdict: Entre un mari aimant en souffrance, une famille dysfonctionnelle attachante, un jeune fils homo de 12 ans accepté de tous et surtout une Toni Collette époustouflante dans le rôle-titre, cette série est une réussite sur toute la ligne. Musique, décors, interprétation, dialogue, USOT évite tous les pièges. On adore!
Team: Showtime. Record d’audience et renouvelée pour une saison 2. Achetée par Canal+, diffusion en 2010.

httpv://www.youtube.com/watch?v=ivFAuqpeaz4

Hung
Créée par Dmitry Lipkin (The Riches). Casse-gueule au possible cette histoire d’un ancien footballer pro dont la carrière s’est arrêtée trop tôt. Sa femme (Anne Heche) le plaque, récupère les enfants. Sa maison brûle. Son boulot de prof le désespère, ne lui reste que son énorme pénis pour faire carrière. Il sera consultant en « bonheur », pour ne pas dire prostitué.
Verdict: La série fonctionne essentiellement grâce au duo formé par l’énorme (ah ah ah) Thomas Jane et son improbable mac, incarnée par Jane Adams (Frasier). Rencontre de deux solitudes parfaitement attachantes face à une Anne Heche insupportable que l’on n’a aucun mal à détester de toute façon. Et deux ados un poil obèses et borderline. Classe et mélancolique.
Team: HBO. Meilleur départ de série pour la chaîne depuis 2007. Saison 2 commandée.

httpv://www.youtube.com/watch?v=F85UwQ6j4kQ

Nurse Jackie
Le grand retour d’Edie Falco (Les Soprano) a fait l’objet d’une vraie polémique au début de l’année 2009. Edie est Jackie Peyton, une infirmière qui vie une relation adultérine à son boulot, se drogue comme Pete Doherty et se contrefout de l’éthique. Quand y a des organes dispos à transplanter, on peut bien falsifier quelques documents. Forcément ça fait grincer les dents outre-Atlantique puisque le personnage est présenté comme très compétent.
Verdict: Edie est superbe, entourée d’une ribambelle de seconds rôles tous plus succulents les uns que les autres. Peter Facinelli (plus sexy que dans Twilight) en docteur souffrant d’un Tourette sexuel, Mo-Mo l’infirmier confident homo, le Dr O’Hara en Dr House version anglaise et talons hauts, etc. Plus un scénario subtil qui en fait le comedy drama de l’année.
Team: Showtime. Tellement impressionné, le network a renouvelé la série dès le premier épisode. Achetée par Canal+.

httpv://www.youtube.com/watch?v=tZhkogweweY

Aujourd’hui, le duel entre les deux chaînes est relancé, le tout au profit de la créativité… Tant mieux pour nous.

Nicolas Nieto