Sites de rencontres, croisières, abonnements à des magazines LGBT… Sur Facebook, sur les pages profils des membres, comme « par hasard », des publicités ciblaient les préférences sexuelles. C’est fini!

PUBLICITÉS CIBLÉES VS. VIE PRIVÉE
Pour bien comprendre, il faut savoir que Facebook permet à tout annonceur de choisir des critères permettant de cibler les clients potentiels. On coche, tout simplement, dans une liste, le profil des internautes qui intéressent (zone géographique, âge, sexe, niveau scolaire, situation amoureuse…). En fait, toutes les informations que l’utilisateur de Facebook veut bien laisser à la portée de tous, lors de son inscription ou lorsqu’il met à jour son profil…

Plus inquiétant, peut-être, l’annonceur peut également taper des mots-clés susceptibles de correspondre à la cible. La collecte de ces mots-clés par les logiciels de Facebook reste encore très floue (viennent-ils des mots utilisés dans nos statuts, dans les liens postés sur notre wall?). Une énigme que cherche à percer la Cnil, la Commission nationale de l’informatique et des libertés.

Il y a deux semaines, la Cnil publiait un rapport en forme d’alerte pour tous les internautes. En effet, 98% d’entre eux ignorent qu’il existe des publicités ciblées. Pas uniquement sur Facebook, mais sur de très nombreux sites et boîtes mails. Et la collecte des données personnelles peut devenir un véritable business: gratuitement, des millions d’internautes affichent leurs habitudes; pour un annonceur, il suffit de se servir.

UNE AVANCÉE CONTRE LE FICHAGE?
Pour l’instant, la Cnil n’a reçu aucune plainte d’internaute. Or, depuis quelques semaines, sur Facebook, un seul critère de sélection pour cibler les publicités n’est plus disponible: la préférence sexuelle (« hommes intéressés par hommes » et « femmes intéressées par femmes »). Nous en avons fait part à la Cnil… qui n’était pas au courant! Il faut dire que la décision de Facebook tombe en plein été et devait certainement rester confidentielle.

Pour Gwendal Le Grand, chef du service expertise informatique à la Cnil, le pas en arrière de Facebook ne peut venir que « des pressions du G29 », le groupe européen – présidé par Alex Türk, le président de la Cnil – chargé de faire respecter la directive sur le « traitement des données sensibles: opinions politiques et philosophiques, religion, orientation sexuelle. »

Désormais, plus aucun homo ne pourra recevoir sur Facebook de publicité ciblée sur sa préférence sexuelle ou alors « il faudra son consentement comme le prévoit la directive européenne », précise Gwendal Le Grand. Certainement une avancée pour contrer un éventuellement fichage de la vie personnelle… « Sauf que le danger peut venir, précisément, des mots-clés qui détournent la loi… ».

Une mesure qui s’applique dans les pays de l’Union européenne et qui devrait s’étendre à d’autres législations. Au Canada, par exemple, la commissaire à la protection de la vie privée, Jennifer Stoddart, a réussi à faire plier Facebook sur quatre points liés à la vie privée; notamment sur les informations « volées » par les développeurs d’applications (quizz, on-line games…).

En France, la Cnil poursuit sa campagne d’information sur la publicité ciblée. Mais sans moyen de contraintes législatives, seule, sans l’appui de la Commission européenne, elle ne peut s’attaquer frontalement à Facebook, à ses 250 millions de membres et à ses cibles commerciales.

Pierre Courade

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