Culture, Musique, Société | 31.08.2009 - 15 h 48 | 0 COMMENTAIRES
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Quand Whitney Houston était outée par des activistes lesbiennes

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Le jour de la sortie mondiale du nouvel album de Whitney Houston, il est bon de rappeler que la chanteuse fut en 1991 la cible de la première campagne de outing orchestrée par le mouvement LGBT aux États-Unis.

Whitney Houston avait été outée comme lesbienne! Lorsque j'ai lancé ça pendant une réunion où l'on parlait de la sortie de son nouvel album, I Look To You – aujourd'hui dans les bacs –, les autres membres de l'équipe de Yagg m'ont ri au nez. C'est vrai que j'ai l'habitude, comme Harvey Fierstein, de voir des gays et des lesbiennes partout. Mais dans le cas précis de la chanteuse américaine, j'avais très clairement en tête ces affiches placardées dans les rues de New York, début 1991, et qui outaient un certain nombre de personnalités, dont l'interprète de I Wanna Dance with Somebody.

La rumeur avait enflé pendant les années 80: on racontait que Whitney avait eu une relation intime avec son assistante, Robyn Crawford. La presse à scandales en faisait ses choux gras. Et la communauté gay, dont Whitney Houston était la diva assoluta, eu vite fait d'inclure cette dernière dans la bande. Comme le rappelle Larry Gross, dans son essai sur le outing (Contested Closets: The Politics and Ethics of Outing), vouloir que les personnalités les plus populaires soient gays ou lesbiennes fait partie de la culture gay: face à l'invisibilité et au secret, les homos façonnent une communauté fière et puissante. Madonna ne s'y est pas trompée, qui n'a pas hésité à alimenter les rumeurs sur ses relations lesbiennes, pour le plus grand bonheur de son gay fan club… et de son compte en banque.

LA TACTIQUE POLITIQUE DU MOMENT
Aux débuts des années 1990, le outing devient aux États-Unis la tactique politique du moment. En grande partie parce que la crise du sida fait rage. De nombreux activistes comme Armistead Maupin, Larry Kramer et Vito Russo considèrent alors que les gays et les lesbiennes doivent sortir du placard et se battre contre l'épidémie. Celles et ceux qui ne le font pas en deviennent les complices. Le outing, forcément provocateur, était à leurs yeux justifié par cette urgence.

C'est dans ce contexte qu'en mars 1990, Au Courant (sic), le magazine gay de Philadelphie, publie une enquête sur le outing avec une liste de 39 noms parmi lesquels figurent Calvin Klein, John Travolta, Debbie Reynolds et… Whitney Houston. Et au début de l'année 1991, on voit fleurir sur les murs de Manhattan des photocopies format A4, avec des visuels et un design utilisant l'univers graphique des campagnes de la vodka très gay-friendly Absolut, montrant le visage en gros plan de personnalités et ce slogan: "Absolutely Queer". Aux côtés de Whitney Houston, on pouvait voir entre autres les photos de Tom Selleck, John Travolta, Debbie Reynolds et Jodie Foster (avec cette mention pour cette dernière: "Oscar Winner. Yale Graduate. Ex-Disney Moppet. Dyke."). Le groupe Outpost, à l'origine de la campagne, avait pris soin de publier aussi les photos d'hétéros (Mel Gibson, Paula Abdul étaient affublés de la mention "Absolutely Het") et de personnalités gay déjà out comme l'écrivain James Baldwin. Quelques semaines plus tard, le groupe activiste Queer Nation, qui prônait la visibilité et les actions d'éclat, faisait son apparition à New York et dans d'autres villes américaines.

"LA HONTE"
Parmi les personnalités outées, Tom Selleck fut la seule à intenter un procès à un magazine trash, Globe, qui avait évoqué la campagne de outing quelques mois plus tard. Dans sa plainte, l'acteur de la série Magnum, véritable sex-symbol de l'Amérique de Reagan, expliquait que les informations du Globe lui avait causé "de la honte". Pour les activistes LGBT, on tenait-là la preuve absolue de la persistance des préjugés et de l'homophobie, puisqu'un acteur pouvait se sentir "blessé et rabaissé", l'acteur ajoutant que les affirmations du tabloïd "nuisaient à sa carrière et à sa réputation". Le procès fut abandonné après un arrangement à l'amiable: le tabloïd présenta ses excuses… et un chèque de 5 millions de dollars à l'acteur.

D'autres outées, comme Jodie Foster et Whitney, se sont bien gardées de réagir… Au milieu des années 2000, quand Whitney Houston semblait avoir perdu tout contrôle sur sa consommation de cocaïne, le coktail drogue et sexe fonctionne encore: les allégations de relations lesbiennes refont surface, alimentées par la belle-sœur de la chanteuse, Tina Brown (lire cet article). Cette dernière accusait Whitney de se livrer à des orgies et affirmait que Bobby Brown, son mari de l'époque, était au courant de ses fréquentations. Depuis, la rumeur s'en est allée et la chanteuse tente de réussir son come-back.

Aujourd'hui, à l'heure où l'info people doit aller toujours plus loin dans la transgression, l'homosexualité n'est plus le dernier tabou et il n'est pas sûr que les informations sur les amours saphiques de Whitney Houston feraient autant de vagues.

Et vous, quelle est votre opinion sur l'outing? Dites-le nous en répondant à notre sondage.

Êtes-vous pour ou contre l'outing?

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Merci à Gérard Koskovich d'avoir retrouvé une photo de la campagne, sur le blog de Matthew Rettenmund.

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