Dominique ChaudeyDominique Chaudey, journaliste français, a tout quitté pour s’installer à Valence, en Espagne. Sur Yagg, il tient le carnet de bord de cette nouvelle vie.

Épisode 11: J’ai dansé avec ma belle-mère!

Transhumances. C’est exactement comme ça que je qualifierais le pont du 15 août. Comme pour le week-end de Pâques, on part au pueblo. Madrid, Barcelone ou même Valence se vident. Les Espagnols quittent leurs villes pour se rendre au village où ils ont grandi, où ils ont souvent un chalet (résidence secondaire) et ainsi retrouver toute la famille.

TOUS AU PUEBLO!
Tous les amis de Javier [le compagnon de Dominique, ndlr] étaient donc partis, l’un à côté de Grenade, l’autre au fin fond de la Navarre, une autre au pays du lait, les Asturies! Je n’allais pas échapper à la tradition. Et me voilà embarqué, avec un stop pour aller chercher Rosenda, ma suegra (belle-mère) – la voiture débordait de bouffe, tradition espagnole aussi… Direction El Picazo. El Picazo est un village à 150 km à l’est de Valence, en pleine Castilla-La Mancha, au pays de Don Quichotte et de Pedro Almodóvar. D’ailleurs, j’ai vécu un week-end Volver. J’y étais. Les rues d’El Picazo alignent les maisons basses, toutes blanches, avec des grilles aux fenêtres. La température est suffocante. Le vent brûlant « qui rend fou » empêche tout le monde de dormir.

Dès l’arrivée, chacun fait le tour des maisons. Ma Rosenda est allée embrasser la prima (cousine) Mercedes, « celle qui a déjà quatre enfants à 26 ans », puis la tía (tante) Rosita, « pas vraiment une tante mais on la considère comme ça ». Tía Rosita était passée à la boucherie nous acheter deux kilos de chuletas (côtes d’agneaux), un kilo de chorizo et un kilo de morcilla (sorte de boudin). Tout s’achète au kilo! On remonte voir le primo (cousin) Jose Gines pour boire un tinto de verano (½ dose de vin rouge et une ½ dose de limonade, glacé c’est délicieux mais fatal). Le Jose Gines en question est maçon, je vous passe les détails sur la taille de ses mains et sur ses mollets tout poilus. Après avoir salué une vingtaine d’abuelas toutes en robe noire et de primos en vieux short usé et en marcel, retour a casa pour la paella et les chuletas a la brasa… Ben oui, la tía Lola et Rosenda pensaient qu’on aurait faim avec le voyage.

LE BAL
Le soir ou plutôt la nuit, vers minuit, toute la fine équipe descend au bal, dans la cour de récréation de l’école. Là, j’ai dansé avec mi suegra. Je dirais même qu’elle a réussi à m’épuiser. Après des années de clubbing, une mamie m’a tué à coup de paso-doble, de samba et de tango… Au bout de deux heures, mon Javier d’amour a eu pitié de moi et m’a emmené prendre una copa à la buvette, une de plus, de copa. En fait, la fête au pueblo est très générationnelle. Les abuelas sont au bal, les trentenaires-quadras (ben oui!) à la buvette, et les jeunes (ceux qu’on oblige à venir au pueblo) au bord de la rivière, à organiser un botellón. Le botellón est aux yeux des ministères de la Santé espagnols successifs, la plaie numéro un du pays. Les jeunes (ou plutôt les rares majeurs) vont en fin d’après-midi au supermercado acheter de l’alcool, beaucoup d’alcool, et passent la nuit à vider toutes les bouteilles. Des arrêtés municipaux anti-botellón ont déjà été pris dans les grandes villes comme Madrid ou Barcelone, en vain…

UN JEU DE MAUVAISES
Après avoir raccompagné la tía Rosita, épuisée par un slow de 17 minutes avec un vigneron passablement éméché, Rosenda est venu nous rejoindre pour faire une partie de parchis: ça ressemble beaucoup aux petits chevaux mais en beaucoup plus pervers. Un jeu de mauvaises. Tu peux divorcer après une partie de parchis! J’ai perdu les cinq parties contre ma belle-mère. J’ai serré les dents et je n’ai rien dit. Fair-play, moi, on aura tout vu!

Je suis allé me coucher, épuisé, à 6 heures. Il fallait que je reprenne des forces. J’avais quatre poulets à plumer le lendemain matin pour la prima Mercedes. Rosenda, elle, ne pouvait pas dormir: elle partageait la chambre avec la tía Lola et celle-ci ronflait comme un sonneur. Mon Javier d’amour est venu me rejoindre au lit et m’a glissé: « Tu sais, ma mère est la plus grande tricheuse de la famille! ». Je le savais.

Conseil du jour pour jouer à l’Espagnol: Au football, tu t’intéresseras un peu. De nombreux gays ont leur carte de supporter!