texte alternatif pour l'imageL’éditeur Bruno Gmünder publie Ultimate Falcon, un livre-somme de 400 pages sur l’un des plus célèbres labels de porno gay, Falcon Studios. Et la bonne surprise de ce gros pavé réside dans le fait qu’il ne se contente pas de rassembler des photos d’acteurs (même si elles sont nombreuses et souvent rarement vues), il donne aussi la parole à ceux qui ont fait la renommée de Falcon. Quand on sait que l’histoire du X gay est largement sous-documentée, c’est une aubaine qu’il faut saisir et savourer comme il se doit.

L’HOMME FALCON
Presque 30 ans séparent les deux photos, extraites du livre, que vous pouvez voir au début de cet article. À gauche, le cultissime Al Parker (cette barbe, ce nez, ce regard, ces avant-bras, ce sexe…) dans Champs (1979). À droite, Jordan et Aden Jaric, dans Malibu Heat (2008). Elles résument assez bien le propos de Ultimate Falcon: plonger dans l’histoire de ce studio internationalement connu pour essayer de cerner l’homme Falcon, le fantasme Falcon. Force est de constater qu’il n’a pas été identique suivant les époques, même si l’on apprend dans le livre que Chuck Holmes, le fondateur, a été pour beaucoup dans le stéréotype du blond-bronzé-épilé qui a longtemps été la marque de fabrique du label. Tout simplement parce que c’était le fantasme de Chuck. Il voulait créer une sorte de standard de la pornographie gay, et il avait une chose en horreur: que les modèles aient les pieds sales (!).

CONTROL QUEEN
Chuck Holmes, qui travaillait auparavant dans une entreprise de construction de maisons préfabriquées, fonde Falcon Studios en mai 1972, à San Francisco. Au départ, il s’agit de scènes (loops) tournées en 8 mm et vendues par correspondance, la vidéo arrivera à la fin des années 70. Le mythique The Other Side of Aspen (1978), le premier FVP (Falcon Video Pac), sera une sorte de Naissance d’une nation du genre. Le succès aidant, Holmes (qui signait ses réalisations sous le pseudo de Bill Clayton) comprend très vite qu’il faut professionnaliser son business: d’où le soin apporté à la lumière, au montage, au marketing, au packaging, etc. Il met aussi en place une écurie d’acteurs sous contrat – une réminiscence de l’âge d’or hollywoodien. Holmes, en bonne control queen, surveille tout et se soucie du moindre détail – le livre reproduit une maquette de The Falcon File, l’un des magazines de la marque, avec les indications de graphisme, etc. Un pur bonheur.

Falcon, comme aucun autre studio de X gay, crée donc des stars – même si la plupart d’entre elles sont éphémères – mais engage aussi des collaborateurs qui finiront tous par devenir des figures importantes de cette industrie. Bruce Cam (Titan), Kristen Bjorn, George Duroy (Bel Ami) sont tous passés par la marque au faucon. Steven Scarborough (Hot House), John Rutherford (Colt) et Chi Chi LaRue (Channel 1 Releasing) aussi, et ils témoignent de leur expérience au service de Falcon dans le livre. C’est riche, souvent très drôle, grâce notamment aux multiples anecdotes de tournage. Comme l’histoire de l’abeille, racontée par Chi Chi LaRue, qui sur le tournage de Chasers a piqué le sexe de Tom Chase « qui n’avait pourtant pas besoin de devenir encore plus gros! » (Tom Chase a un énorme sexe).

DRÔLE DE MÉLANCOLIE
Chuck Holmes est mort du sida en septembre 2000. L’ombre de la maladie plane évidemment sur l’ouvrage. Et revoir certaines photos d’acteurs au destin tragique nous plonge parfois dans une drôle de mélancolie. Jusqu’à la fin de sa vie, Holmes a milité pour le safe sex (même si Falcon, comme toute l’industrie du X gay à l’époque, a mis un certain temps à imposer la capote sur les tournages). Il a également fait don d’un million de dollars au centre LGBT de San Francisco, qui depuis porte son nom.

Ultimate Falcon est donc un bel objet que tout fan de X devrait avoir dans sa bibliothèque. Un copieux échantillon des trésors de Falcon. Sachez qu’il existe à la maison-mère une « secret vault » où sont notamment conservés près de 2500 DVD contenant plus d’un million de photos du studio. Soigneusement classées et scannées. Signalons aussi la filmographie complète en fin d’ouvrage, avec les titres des 194 FVP (le FVP 052 au hasard? In Your Wildest Dreams, bien sûr). De quoi faire des quizz tout cet hiver. Un truc de folle totale. Et c’est aussi pour ça qu’on aime le porno.

Ultimate Falcon, Bruno Gmünder, 400 p., 59,95€. Plus d’infos sur le site de l’éditeur.