L’édition 2009 des UEEH (Universités d’Eté Euroméditerranéennes des Homosexualités) a eu lieu du 16 au 28 juillet dernier, à Marseille. Nicolas Favelier, membre du Conseil d’administration, fait le bilan de ces rencontres militantes qui fêtent leurs 30 ans.

Pouvez-vous rappeler le principe des UEEH?
Il est à la fois simple et ambitieux. Il s’agit de s’extraire d’« hétéroland » et de vivre tout-e-s ensemble un moment privilégié de débats, d’échanges, de vie en collectivité, le tout en gérant collectivement tous les aspects de l’événement: la bouffe, l’organisation de la semaine, etc. Il ne s’agit pas d’autogestion, mais bien de gestion collective. Le refus de l’hétéropatriarcat et la remise en cause de la binarité de genres (masculin/féminin) sont deux aspects fondamentaux. Les UEEH sont aussi un lieu de rencontres informelles, de constitution de réseaux, mais aussi une formidable boîte à idées militante. C’est aussi un lieu d’expériences diverses, qui dérangent et alimentent, fonctionnent ou échouent, mais qui se vivent avant tout ensemble. Bref, les UEEH sont ce qu’on en fait!

Quel bilan tirez-vous de cette édition 2009 qui vient de s’achever? Quelles sont les principales problématiques qui y ont été abordées?
Ce fut une belle édition. La hausse du tarif des chambres proposées par le CROUS, une situation générale difficile n’ont pas aidé à une forte mobilisation. Néanmoins, la forte implication des participant-e-s cette année a aussi créé un fort sentiment de convivialité et de solidarité spontanée. La mixité voulue était bien au rendez-vous, ce qui a contribué à ce que les UEEH soient encore un peu plus un lieu de rendez-vous, d’échanges, de dialogues sans équivalent.

Ces réflexions ont aussi parcouru le colloque « Relations inter-communautaires et féminismes » qui s’est déroulé à la Maison des Associations dans le centre de Marseille. Y ont assisté les participant-e-s, mais aussi des Marseillai-se-s, et nous avons pu y entendre des intervenant-e-s universitaires ou des militant-e-s invité-e-s par les UEEH, ainsi que des participant-e-s des UEEH elles-mêmes, qui ont rendu compte des échanges et des savoirs construits lors d’ateliers réalisés plus tôt dans la semaine. Les points forts de ce colloque sont la diversité des thèmes abordés, comme la racialisation, la légitimité de la violence militante, le travail du sexe… mais aussi l’aisance avec laquelle la salle a su se saisir de chacun de ces thèmes, exprimer, confronter et discuter les diverses opinions. Les thématiques abordées ont repris les questions qui animent nos communautés: la place des féminismes dans nos revendications, la question de l’articulation des mouvements LGBTQI avec le mouvement social, l’apparition d’une préoccupation environnementale.

Enfin, une série d’ateliers sur l’avenir des UEEH a permis d’apporter des propositions reprises en Assemblée générale: ouverture vers des pôles régionaux et/ou thématiques pour préparer la prochaine édition, forte demande du retour des associations de santé absentes cette année, en tout cas, une volonté de voir se pérenniser la formule d’UEEH sous la forme d’une gestion collective des participant-e-s, mais aussi des réflexions autour de la dépsychiatrisation des trans’, la visiblité des LGBTQI racialisé-e-s et éthnicisé-e-s, etc.

Nous avons aussi profité de moments de détente lors des soirées, comme la première du spectacle de M. Katia, le « Kabaret » des UEEH, la Spanish night, la soirée Slam, entre autres. À noter aussi, les expositions réalisées par les participant-e-s, et la programation cinématographique, qui fut très riche et très éclectique.

Les UEEH fêtaient cette année leurs 30 ans. Quels ont été les moments forts, les grandes étapes de leur histoire?
En 1979, la première Université s’est déroulée en juillet, à Marseille. Elle est parvenue à fédérer les petits groupes activistes de France qui ont joué un rôle moteur dans l’affirmation de la fierté homosexuelle. C’est à cette occasion que fut lancée la campagne pétitionnaire pour l’abrogation des lois discriminatoires, qui a également vu naître les Comités d’urgence anti-répression homosexuelle (Cuarh). Les UEH (Universités d’Été des Homosexualités) portaient en leur sein tout ce qui suivra par la suite. Les débats sur la place du féminisme, la mixité, l’autogestion habitaient déjà les militant-e-s qui se retrouvaient à cette occasion. Elles étaient organisées tous les deux ans jusqu’en 1987, les militant-e-s LGBTQI étant absorbé-e-s par le combat contre le sida.

En 1999, les suites du débat sur le Pacs et le renouveau associatif LGBT ont font renaître les UEH. À cette époque, avec un budget conséquent, un salarié à l’année, 800 personnes présentes, les UEH attirent les foules. Malgré cela et dans un contexte politique et économique plus favorable qu’aujourd’hui, le projet, vidé de sa substance militante et politique, provoque la démission collective de l’équipe d’organisation qui convoque des assises en 2003. Plusieurs décisions d’orientation générale sont prises alors: suppression du poste de salarié, positionnement féministe et autogestionnaire, première limitation volontaire du nombre de participant-e-s à 500 et affirmation du devoir de solidarité avec les participant-e-s moins fortuné-e-s, et ajout d’un E pour Euroméditéranéennes. Les UEEH ont toujours eu le souci de construire des solidarités internationales, en invitant notamment des personnes LGBTQI pour témoigner de la situation dans leur pays, ou encore pour permettre la création de réseaux ou de synergies dans des régions où la circulation n’est pas toujours facile. Le projet de participation collective à l’élaboration de la semaine prend alors diverses formes, mais dans l’idée que chaque participant-e est appelé-e à faire des UEEH ce qu’il ou elle en veut: « Si tu penses que c’est important, fais-le! ».

En 2008, la différence de point de vue entre les personnes investies dans le projet et une partie des participant-e-s s’accentue mais la proportion des personnes lesbiennes, trans’ et queer grandit. La grande majorité des participant-e-s réaffirme le caractère féministe et participatif des UEEH.

Comment voyez-vous l’avenir des UEEH?
Une série d’ateliers sur l’avenir des UEEH a permis d’apporter des propositions reprises en Assemblée générale: réorganiser le travail de préparation en s’appuyant plus sur les nouveaux réseaux constitués cette année, préciser le rôle du Conseil d’administration (CA) en tant que « préparateur », augmenter le nombre de participant-e-s en gardant la mixité vécue cette année tout en prenant compte de l’évolution socio-économique des participant-e-s, assurer une meilleure transmission des informations à tous les niveaux, répondre à la demande d’une plus grande présence d’associations de santé, ré-impulser les pôles internationaux et en tout cas, pérenniser le projet des UEEH avec toutes ses attentes multiples, ses contradictions et ses utopies d’hier réalisées aujourd’hui. Notre Assemblée générale de juillet a élu une administratrice qui est une personne en fauteuil; les UEEH sont ouvertes à cette question et souhaitent établir un lien entre toutes les personnes qui se sentent exclues de la société. Ces efforts ont pour but de créer un avenir meilleur pour tou-te-s les L, pour tou-te-s les G, pour tou-te-s les B, pour tou-te-s les T, pour tou-te-s les Q, pour tou-te-s les I, bref, pour toutes celles et tous ceux qui refusent un monde dominé par l’hétéropatriarcat.