Le Queer X Show, projet artistico-porno d’Emilie Jouvet et Wendy Delorme faisait escale à Paris il y a deux semaines pour deux dates (voir notre interview d’Emilie Jouvet). Il sera à Berlin le 8 août.

Etaïnn, alias M. Mister, vous a déjà raconté sur Yagg la soirée du 23 juillet au Tango (lire l’article). C’était côté public. Aujourd’hui, elle livre son compte-rendu de la soirée du 24 juillet chez Régine, mais cette fois-ci côté scène puisqu’elle participait au show.

« RÉGINE MISE À NU PAR SES PRÉTENDANTES », PAR M. MISTER

15h45
Devant la vieille boîte mythique du Régine, la pluie soudain tombée contrecarre nos plans: tourner une scène pour le film qui s’intitulera finalement The Queer X Show et non Glitter Circus (logique vous me direz). On s’engouffre dans l’escalier tourneboulant. Inspection des lieux, pique-nique improvisé. Ça parle de la soirée d’hier, des numéros de ce soir.

Action!
J’endosse mon habit de lumière: une superbe moustache que ne renierait pas Freddie Mercury et la panoplie complète de l’hétéro flic mais version sexy. Les filles me regardent avec gourmandise. Posté au milieu du carrefour, je régule la circulation, renseigne les automobilistes. Fous rires. Puis sévère, j’arrête les donzelles. « Police nationale, contrôle d’identité ». Elles me narguent, m’encerclent. Insultes. En moins de deux me voilà ligoté (vive le bondage!), traîné chez Régine, attaché à un poteau. Dehors les passants applaudissent, ravis que le Queer X Show (QXS) fasse la peau à cette espèce bleue qui pullule en France.

Photo © Emilie Jouvet

Photo © Emilie Jouvet

Filage
On joue à chat. On aménage la scène. On fait des photos avec le talentueux Florent. Ça s’éparpille, les filles comme les sacs. Le temps file tranquillement. Mad Kate chantonne les écouteurs sur les oreilles, Sadie griffonne des idées sur son bloc-notes, réglage son et lumière avec Ena, j’attrape mon iPod et rejoue ma chorégraphie devant un miroir géant. La routine. Avant d’entasser les valises-accessoires dans un coin. Repos des guerrières en attendant l’assaut.

Backstage
22h30. Découverte du « dressing room », grimaces: une ancienne cuisine reconvertie en fumoir où la tuyauterie dégouline (petites bêtes en prime). Régine n’a pas fait le ménage depuis belle lurette. Mais ce soir, vengeance, on va la mettre à poil! Wendy, notre mère à toutes, communique le line-up. M. Katia (maestro de la PLUG) et Miss Purple (des Kisses Cause Trouble) complètent le casting. Maquillage, rigolade, costumes, répétition. Ça piaille de partout. Jusqu’au moment du rituel: en cercle, mains dans les mains, nous prions The Great Goddess, la grande déesse, de la Terre, de la Scène, de la Création.

Photo © Florent Niwinski

Photo © Florent Niwinski

En scène
Puis c’est le grand saut (sans photos à l’appui, j’étais fort occupée, vous vous en doutez). Tout va très vite, zéro pépin. M. Katia est un MC déjanté et cornu, gardien des créatures (de zoo dans la vraie vie). Mad Kate, sirène Joker, fait valser ses coquillages cache-seins pour plonger dans le public. Judy est l’enfant terrible qui ne fait que des bêtises. Sadie la chatte-catin alpague les spectateurs et pond un œuf, si si. Wendy est une fleur à taille humaine, night rose dans la lumière. Miss Purple, coquine Marie-Antoinette, prend un bain de lait. Quant au flic capturé tout à l’heure, il est jeté sur scène. « Dance Bill! ». Si le strip-tease est réussi, j’aurais la vie sauve, si je me plante, c’est la fosse aux lions. Sur le Keep That Control de Scream Club, M. Mister se déhanche avec une moue de défi. Pas de moonwalk, mais apparemment mon slip de Superman fait l’unanimité. Apothéose lorsque j’en sors comme par magie un gay flag qui me servira de cape de superhéros. Mieux que Priscilla, folle du désert! Enfin Madison, enfermée dans la « volière », se fait attaquer par des corbeaux aux ailes de parapluies noirs. À chaque coup de bec, une aiguille-plume glisse sous sa peau. Les cinq girrrlz sont réunies pour cette magnifique et intense séance de play piercing. Les couples très XVIe ont la frousse, les queer et les spectateurs d’hier (revenus, oui) chauffent la salle, les amis gueulent, enthousiastes. Ma bande est venue déguisée (nb: dress code « Échappés du zoo »). Mon grand amour est une panthère noire. « Toutes les bonnes choses ont une fin, sauf la banane qui en a deux ». La fameuse joke de Sadie annonce ce qu’on ne souhaite pour rien au monde: the end of the show (voir photo en début d’article). La beauté ce soir était convulsive.

Photo © Florent Niwinski

Photo © Florent Niwinski

Défilé
Les loges sont un vrai moulin: commentaires, « Le public était pas mal, nan? », congratulations, « T’étais super! », détente, « T’as pas une clope? », embrassades, rhabillage, « Mais elle est où ma culotte? ». Ça va ça vient entre la grotte bordélique et le bar. Jusqu’à ce que les filles décident de tourner une scène X, un gang bang portes closes… Après la tornade, je tombe sur Madison, petite elfe pas du tout camouflée par un miniature gilet mauve, qui pleure, entourée de toutes. Elle quitte la tournée demain pour San Francisco – sa galerie d’art, son autobiographie. Surprise-partie d’adieu, l’émotion est palpable. Je les regarde avec amour. Oui avec amour. Elles prennent soin les unes des autres. C’est beau.

5h30
On fume, on va danser sur la bande-son parfaite d’Ena. Puis c’est l’heure de disparaître, après les ultimes accolades, adios Régine! Parce que le corps est K.-O., l’esprit gavé d’images et de sensations. Après-demain, la troupe filera vers Cologne puis Copenhague. Moi je reste, mais garde avec moi les paillettes de ces deux derniers jours. Elles se sont nichées dans mes draps, incrustées à ma peau. Souvenirs du Queer X Show.

M. Mister

Photo (en tête d’article) © Florent Niwinski

À voir également: le blog du Queer X Show.