Odile Vergnoux est membre d’Actions Traitements, une des associations les plus actives dans le domaine de l’information auprès des personnes atteintes par le VIH. Avec d’autres associations de malades, Actions Traitements milite afin que, dans le cadre de la prévention, les aides à l’arrêt du tabac soient remboursées pour les malades atteints de pathologie lourde. Elle explique pourquoi.

« MADAME BACHELOT, AUTORISEZ LE REMBOURSEMENT DES AIDES À L’ARRÊT DU TABAC POUR LES MALADES! », PAR ODILE VERGNOUX

Le mois dernier, trente associations de personnes atteintes par une maladie chronique, sociétés savantes et collectifs (dont CISS, TRT-5, Chroniques associés) ont adressé une lettre ouverte à Roselyne Bachelot avec un vibrant plaidoyer: remboursez – dans le cadre de l’Affection Longue Durée (ALD) – les aides d’arrêt au tabac, puisqu’il est de première importance pour ces personnes  d’arrêter de fumer. Une telle unanimité, ce n’est pas rien! On retrouve sur la même ligne des groupes qui représentent les malades atteints de diabète, d’affections cardio-vasculaires et respiratoires, de cancer, d’insuffisance rénale, d’infection à VIH…

On connaît le contexte dans le cas du VIH: les séropositifs fument nettement plus que la population générale. Quelle qu’en soit la raison (stress accru, conditions de vie…), les conséquences sont déjà là et bien là, et elles vont se révéler de plus en plus catastrophiques avec les années: le VIH, et certains de ses traitements, majorent le risque cardio-vasculaire, et le tabac encore davantage: 1+1 = 4 ou 5, sans même parler des autres facteurs de risque plus classiques (bilan lipidique perturbé, hypertension, antécédents familiaux…).

Les infarctus du myocarde surviennent chez les séropositifs à un âge beaucoup plus jeune qu’ils n’apparaissent habituellement.

Le cancer du poumon, cet ennemi sournois, frappe lui aussi à un âge plus jeune les personnes atteintes par le VIH. D’un pronostic déjà très grave au départ, il l’est encore plus chez les séropositifs.

On pourrait aussi parler de la diminution plus rapide de la fonction respiratoire quand on est séropositif, ou des autres cancers eux aussi favorisés par le tabac (ORL, digestifs, vessie, anus).

Même pour une personne très motivée, il est souvent difficile d’arrêter de fumer. L’accompagnement par un tabacologue est un « plus », car il fait la part entre la dépendance physique, psychique, comportementale, et recommande la stratégie la plus adaptée. Les aides proposées (substituts nicotiniques ou médicaments), à utiliser plusieurs mois, coûtent cher. Ils ne sont pas non plus la panacée, mais augmentent le pourcentage de succès de 10 à 30%. Leur coût ne doit pas être un blocage pour tous ceux et celles, et ils sont nombreux, qui ont des moyens très modestes. Avec 50 euros remboursés par an, on est loin du compte!

On pourrait se dire que si l’on dépense beaucoup pour son tabac, on peut aussi débourser une somme conséquente pour ne plus fumer. Mais la réalité des faits est différente: on dépense pour le tabac (et on court après un débit de tabac ouvert quand on n’en a plus), parce qu’on en est dépendant et que l’organisme réclame sa dose de nicotine. La démarche d’acheter  un traitement d’aide au sevrage relève d’un autre comportement, réfléchi celui-là, qui nécessiterait de pouvoir économiser, chose difficile quand le budget est très restreint.

On nous parle beaucoup de prévention, et celle-ci est bien moins onéreuse pour la santé publique que la prise en charge de quelqu’un qui fait une complication grave liée au tabac. Alors, passons des paroles aux actes. Et, Madame Bachelot, n’acceptez pas plus longtemps que les aides au sevrage tabagique fassent partie des très rares traitements non pris en charge dans le cadre d’une ALD!

Odile Vergnoux, Actions Traitements

Actions Traitements prépare une brochure sur l’arrêt du tabac, à lire ici.