Au-delà de la revendication et de la fête, la Marche des Fiertés, c’est aussi des chars qui polluent et des déchets qui s’accumulent. Mais quelles sont les réelles conséquences de cette manifestation sur l’environnement et les mesures prises pour limiter les dégâts?

Une manifestation d’envergure n’est jamais sans effet sur l’environnement. « Tout genre de réunion (…) utilise de l’énergie, produit des déchets et des émissions atmosphériques tels les gaz à effet de serre qui contribuent au changement climatique », indique le Guide des réunions écologiques de la direction environnementale du Canada, publié en août 2007. Ce même guide donne un exemple pour le moins surprenant: il révèle ainsi qu’une manifestation importante à Johannesburg, en Afrique du Sud, aurait produit, en 2002, quelque 300000 tonnes d’émission de gaz à effet de serre. Une conséquence liée aux déplacements aériens et automobiles des 45000 délégués présents. Amusant quand on sait que cette réunion n’était autre que le Sommet mondial sur… le développement durable.

Alors à J-2 avant la Marche à Paris, tandis que les préparatifs s’intensifient, une question se pose: quel peut bien être l’impact écologique d’une gay pride?

La répercussion de la Marche des Fiertés sur la pollution atmosphérique
Cette année, l liste des véhicules inscrits compte 22 poids lourds, 14 camions, 7 fourgonnettes, 3 bus, 5 véhicules légers, 20 motos environ, 1 petit train et 1 jeep. Des véhicules qui avancent lentement, stationnent épisodiquement et polluent donc, en produisant, notamment, des gaz à effet de serre.
Mais la gay pride bouleverse-t-elle réellement la qualité de l’air? Eh bien, en allant faire un petit tour sur le site d’Air Parif, on a été  surpris de découvrir qu’en 2007 et en 2008, à la date des deux dernières marches, l’agence révélait un indice de bonne qualité, semblable à ceux des deux samedis précédents.

L’une des raisons à cela peut être le fait que la manifestation ampute fortement la capitale de sa circulation, en fermant  son parcours. Certains parisiens abandonnent ainsi leur voiture pour éviter les bouchons ou participer à la marche. Mais le climat est également une donnée importante. « La pollution dépend du facteur météorologique. S’il y a du vent, elle est envoyée vers les campagnes. En revanche, s’il fait lourd, la pollution stagne », nous répond une employée d’Air Parif.

La question des déchets
Car la Marche des Fiertés, c’est aussi des milliers de personnes qui marchent (l’an dernier on comptabilisait 700000 marcheurs), dansent, consomment et produisent des détritus dont la décomposition, surtout s’ils ne sont pas recyclables ou biodégradables, provoque une pollution à retardement. Quelle quantité de déchets provoque ce genre de manifestation, quand on sait que la Techno Parade, moins importante en taille, en laisse 25 tonnes derrière elle? Si aucun chiffre n’a été donné, les moyens déployés par la Mairie de Paris pour couvrir la marche (25 éboueurs, 1 benne de collecte, 6 laveuses et 8 aspiratrices de chaussée, 1 chargeuse sur pneus, 1 camion porteur de caisson BLM et 12 véhicules pour le transport du personnel) laissent présager de la quantité importante à prévoir.

Les bons réflexes
Alors comment faire pour limiter les dégâts d’une telle manifestation? Il suffit d’appliquer les mesures conseillées par ce fameux guide des réunions écologiques canadiennes, qui vise à aider les organisateurs à réduire l’impact environnemental d’une réunion en veillant « à ce que tous les aspects d’une activité, y compris l’emplacement, les services alimentaires, le transport et le matériel soient envisagés dans une perspective de prévention de la pollution ».

Au-delà de la réduction de la trace écologique de ces réunions, l’avantage est par ailleurs économique: « Lors d’une activité, l’organisation Meeting Strategies Worldwide Inc. a remplacé l’eau en bouteille par des contenants réutilisables et des distributeurs en vrac. Cette simple démarche leur a économisé environ 15000 dollars ».

Mais les organisateurs de la Marche des Fiertés n’ont cependant pas attendu ce guide pour agir. Depuis deux ans, la compagnie Eau de Paris y distribue entre 7000 et 10000 litres d’eau du robinet et entre 25 et 30000 gobelets recyclables. Une initiative plus que bienvenue quand on sait qu’un litre d’eau de Paris est mille fois moins émetteur de gaz à effet de serre que de l’eau en bouteille, et représente une économie certaine pour les citoyens.

En toute logique, les Verts se sont eux aussi mobilisés pour une présence écologique à la Gay Pride. Cette année, le parti défilera avec trois tricycles et continue d’imprimer ses tracts en format A5, petit format donc moins consommateur de papier. Les affiches qu’ils distribuent sont également en papier recyclé. D’autres organisations ont également délaissé les véhicules à moteur pour des vélos, voire des vélos-calèches pour Amnesty.

Certes, on est encore loin des mesures adoptées par la Techno Parade, qui s’est mise au vert depuis deux ans grâce au concept d’éco-communication (impression à encre végétale sur papier imprimé des tracts) et la mise en place de bornes de tri sélectif sur le parcours. L’écologisation de la Marche des Fiertés, manifestation largement supérieure en taille, serait hautement plus coûteuse et difficile à mettre en place. Il est temps que les associations, les établissements, mais aussi toutes celles et tous ceux qui participent à la marche, commencent à réfléchir aux réflexes à adopter pour limiter les dégâts.

bope