Jean-Paul Cluzel, ancien président de Radio France, livre pour Yagg ses réflexions suite à la disparition de Michael Jackson. Où il est question de fierté à la veille de la gay pride parisienne.

texte alternatif pour l'image« DON’T STOP ‘TIL WE GET ENOUGH! », PAR JEAN-PAUL CLUZEL
À première vue, la mort prématurée de Michael Jackson n’a rien pour susciter notre réflexion au-delà de l’émotion légitime que peuvent avoir beaucoup d’entre nous face à la disparition d’un homme qui a su nous faire chanter et danser comme peu, sinon aucun avant lui. Mais cette première émotion est assombrie par l’ambiguïté de ses relations avec des enfants sur lesquels il ne pouvait manquer d’avoir une ascendance psychologique, par l’apparent refus d’accepter ce que Senghor et Césaire ont appelé la « négritude », dont eux à juste titre étaient fiers, et par la complaisance envers la critique qui l’a conduit par deux fois à avoir femme et enfants, sans que l’amour apparaisse comme la motivation première de ces unions.

Tout cela n’a rien pour plaire à des lesbiennes, des gays, des bis et des trans’ responsables ou des « gay-friendly », ce que sont a priori les internautes de Yagg. Ce fut hier ma première réaction à la mort de Michael Jackson.

À écouter ce matin sur les médias les témoignages, des idées différentes me sont venues. D’abord sur l’aspect le plus trouble, le rapport aux enfants. Notre société occidentale ne fera pas l’économie d’une réflexion sur la sensualité enfantine. Le brutal sevrage du paradis qu’apporte le bain amniotique de la mère et le refus de toute sensualité avant la puberté, et à vrai dire le début de l’âge adulte, ne sont pas compensés en Occident. Il en va différemment en Afrique où la mère porte constamment sur elle son nouveau-né ou ailleurs, en Asie, où le massage et le jeu sans esprit de compétition viennent satisfaire une sensualité naissante. Ensuite, sur le blanchiment de la peau. N’est-il pas, hélas, évident que Michael Jackson n’aurait pas eu le public transracial qui fut le sien sans devoir en passer par une peau presque blanche? L’a t-il voulu vraiment, ou subi? Déjà, dans les années 20, Joséphine Baker chantait avec ironie: « Ah, si j’étais blanche… ». Barack Obama lui-même serait-il Président des États-Unis s’il n’était pas, lui aussi, un peu blanc? Les temps ne sont pas encore venus où nous ferons complètement fi de la couleur de la peau. Enfin, il n’y a aucune réflexion chez nous sur les raisons et le résultat de transformations corporelles aussi variées que le body-building, le piercing ou le tatouage. Pense-t-on vraiment que les gays, en particulier, y sacrifient si nombreux uniquement par effet de mode? Les transformations corporelles ne sont-elles pas un autre aspect de ce qui est le propre de la femme ou de l’homme occidentaux, la prise de possession de soi et du monde, la nature essentiellement prométhéenne de notre civilisation?

Demain, nous serons nombreux à défiler à la Marche des Fiertés. Chaque année, nous nous disons que c’est bien de faire la fête. Mais cette marche doit être l’occasion de montrer notre force numérique, seule capable de faire progresser nos droits. Montrons nos corps si nous le voulons, sans doute, mais faisons de cette démonstration de nos corps et de nos modes de vie un moment de réflexion sur ce que nous pouvons apporter à la société.

Don’t stop ’til WE get enough! Don’t stop ’til we THINK enough!

Photo © Pascal Normand

Jean-Paul Cluzel est associé de LGNET, la société éditrice de Yagg.