Un joli contre-pied. Annoncé minimaliste pour mercredi, le remaniement s’est fait bien plus gros que le bœuf et a été dévoilé en fin de journée mardi en plein journaux de 20 heures. Yagg décrypte les mouvements « in and out » pour vous.

Morano 1 – Boutin 0
Christine Boutin l’avait suffisamment répété. C’était Nadine ou elle. Nicolas Sarkozy a préféré garder Nadine Morano dans son gouvernement. Christine Boutin n’est plus ministre du Logement, Nadine Morano conserve son portefeuille de secrétaire d’État à la famille, élargi à la Solidarité. Entre les deux femmes, l’entente et la cohabitation semblaient presque impossibles à la même table avec leurs deux conceptions opposées à la famille. Symbole de cette schizophrénie gouvernementale, l’opposition de Christine Boutin à l’avant-projet de loi sur l’autorité parentale, en mars. La ministre du Logement et présidente du Parti chrétien-démocrate (ex-Forum des républicains sociaux) avait affirmé qu’elle n’accepterait pas « que l’on reconnaisse l’homoparentalité et l’adoption par les couples homosexuels de façon détournée ». Nadine Morano avait réagi en affirmant que l’avant-projet de loi était bien un texte sur l’autorité parentale et sur le droit des tiers et avait balayé d’un revers de main une proposition de débat avec Christine Boutin: « Je ne vais pas faire un débat avec un membre du gouvernement (…). Je ne pense pas que les Français s’intéressent aux chamaillades de leurs élus ou de leurs membres du gouvernement. »

À noter que le secrétariat d’État au Logement, désormais détenu par le jeune Benoist Apparu, passe sous le tutelle du super ministère écologique de Jean-Louis Borloo. Décision plutôt sensée que de mettre le dossier entre les mains vertes d’un ministre pour qui le logement est un sujet cher.

Rama Yade positive
C’est l’histoire du verre d’eau à moitié plein ou à moitié vide. Commençons par la vision à moitié vide. La secrétaire d’État aux Droits de l’Homme remplace Bernard Laporte pour les sports et le portefeuille des droits humains n’existe plus. On peut y voir une victoire de Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères, que les sorties de sa collègue ont souvent agacé.

Ainsi le résume le communiqué publié par le comité Idaho de Louis-Georges Tin: « Le remaniement vient d’avoir lieu, et le Comité Idaho constate, avec regret, que Rama Yade, ancienne secrétaire d’État aux Droits de l’Homme, a été chargée des sports sans que le poste qu’elle occupait jusqu’alors ait été confié à qui que ce soit. Cette situation nouvelle paraît inquiétante », souligne le communiqué, qui poursuit: « L’action de Rama Yade a été tout sauf une « erreur ». Dans plusieurs domaines, et notamment dans la lutte contre l’homophobie et la transphobie, son engagement a été remarquable: reconnaissance au nom de la France de la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie, déclaration à l’Onu sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre, congrès mondial à Paris sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre (…). Aujourd’hui, le fait que ce secrétariat d’État ait disparu de l’organigramme du gouvernement suscite des inquiétudes légitimes. « Il y a contradiction permanente entre les droits de l’Homme et la politique étrangère d’un État, même en France », avait affirmé Bernard Kouchner. Certes, mais il appartient au ministre concerné de résoudre cette « contradiction », et de la résoudre pour le mieux”.

Il est vrai que le départ de cette jeune femme politique habitée par son poste et par ses convictions (voir l’entretien accordé à Yagg) risque de laisser un gros vide, n’en déplaise à ses détracteurs.

Verre d’eau à moitié plein? « Ma peau est sauve puisque je suis membre du gouvernement et que j’occupe l’un des plus beaux portefeuilles puisque vous vous adressez à 65 millions de Français », a déclaré Rama Yade sur Europe 1, où elle s’est également dite « fière du travail accompli ». Il suffit de regarder l’itinéraire de la nouvelle Garde des Sceaux: avant d’être ministre de la Défense puis de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie a d’abord occupé le poste de ministre de la Jeunesse et des Sports de 1993 à 1995 (elle avait été secrétaire d’État chargée de l’Enseignement de 1986 à 1988). Si l’histoire se répète, Rama Yade a un bel avenir devant elle.

Marie-Luce Penchard invitée pour la gay pride
Dans un communiqué publié ce mercredi, Tjenbé Rèd, association de lutte contre les racismes, les homophobies et le sida, invite la nouvelle secrétaire d’État chargée de l’outre-mer qui remplace Yves Jégo « à participer à la Marche des Fiertés LGBT de Paris, ce samedi 27 juin, et à venir saluer les centaines de personnes originaires des outremers qui danseront derrière son char ». L’association rend hommage à son prédécesseur et « salue le sens de l’écoute et le courage politique de Monsieur Jégo, qui n’aura pas hésité à s’engager sur les thématiques de l’homophobie et du sida, singulièrement sensibles outre-mer ».

Roger Karoutchi, victime collatérale
Franchement, ce n’est pas une bonne année politique pour lui. Battu par Valérie Pécresse lors des primaires pour la tête de liste UMP des élections régionales de 2010, Roger Karoutchi quitte le gouvernement. Difficile d’être chargé des relations avec le Parlement quand des membres de ce dernier renâclent parfois à rejoindre les rangs et à ne faire qu’une tête avec le gouvernement et le président. Roger Karoutchi est en ce sens l’une des victimes collatérales du fiasco de la loi Hadopi. Roger Karoutchi avait fait son coming-out au début de l’année, de ce côté-là pas si mauvaise que ça.

Pierre Lellouche: L’Europe, l’Europe, l’Europe
Malgré ses nombreux démentis, son nom reste associé, à tort ou à raison, au « Stérilisez-les! » des débats sur le Pacs. Pierre Lellouche n’a eu de cesse depuis de casser cette image, en apportant en particulier son soutien aux amendements sur la pénalisation des propos homophobes à la loi créant la Halde (30 décembre 2004), en vertu de laquelle a pu être poursuivi Christian Vanneste. Il fait son entrée au gouvernement comme secrétaire d’État aux Affaires européennes.

Frédéric Mitterrand, tous les chemins mènent à Paris
Le bruit court qu’il n’était pas le premier choix de Nicolas Sarkozy qui aurait voulu intégrer une nouvelle personnalité de gauche dans ce ministère très en vue. Pas d’ouverture ici, Frédéric Mitterrand, qui sera l’invité du 20 heures de TF1 ce soir, avait appelé à voter pour Jacques Chirac en 1995. Mais il ne faudrait pas limiter la nomination de Frédéric Mitterrand à un deuxième ou troisième choix, à la cataloguer, encore, à un rang patronymique. C’est un homme de télévision, un romancier, un cinéaste qui arrive rue de Valois. Et voir ce que peut faire cet homme aux talents protéiformes à la culture et à la communication est plus qu’intéressant. Encore une fois, à ne pas mettre dans une case. Frédéric Mitterrand, tout droit arrivé de la Villa Médicis à Rome, est connu pour ses émissions devenues cultes comme Étoiles et Toiles. Il fut aussi directeur général délégué chargé des programmes et de l’antenne de TV5. Il est également, et c’est important, ouvertement gay. Son dossier le plus chaud? Retour vers le futur et vers la loi Hadopi malmenée par les députés, donc, et retoquée par le Conseil constitutionnel. Cette loi mangeuse de ministres. Comme Roger Karoutchi, Christine Albanel, à qui Frédéric Mitterrand succède, en a fait les frais. Premier test grandeur nature pour le nouveau ministre.

Feu la parité
Le premier gouvernement Sarkozy assurait l’équilibre hommes-femmes, c’en est désormais fini de la parité. Sur les 18 ministres, quatre sont des femmes (après les départs de Rachida Dati, désormais députée européenne, Christine Boutin et Christine Albanel). Parité, en revanche, respectée chez les secrétaires d’état: neuf femmes pour 19 postes.