Oui, vous aviez bien lu, Judy Garland est vivante. Pas au sens littéral du terme, bien sûr. Contrairement à Elvis Presley, qui se goinfre toujours de ses sandwichs préférés (bananes et beurre de cacahuètes) planqué quelque part dans le Tennessee, la comédienne et chanteuse nous a bien quitté-e-s il y a exactement 40 ans aujourd’hui. Pour autant, il suffit de jouer l’un de ses disques – live, de préférence – pour entendre une femme extrêmement, douloureusement, vivante. Tout l’opposé de cette chanteuse morte pour vieux pédés que l’on voit si souvent dépeinte, ici ou là.

Ceci étant dit, les chansons de Judy Garland ne sont pas à la portée du premier ou de la première venu-e. Surtout pour un Français ou une Française du XXIe siècle. Tout comme un champagne exceptionnel pourra rebuter le non-initié, aimer Judy Garland n’est pas chose aisée. Il faut des clés, des portes d’entrée. S’imprégner du texte, être attentif.

Il y a deux ans, Rufus Wainwright a tenté de lui rendre un hommage en reprenant intégralement son célèbre concert au Carnegie Hall. L’idée ne manquait pas de panache. De mémoire de journaliste gay, c’est même sans doute l’idée la plus folle qui ait été lancée ces quinze dernières années. Hélas, d’un point de vue strictement musical, le résultat final ne fut pas à la hauteur (la représentation parisienne fut même un fiasco retentissant). Mais s’il a permis de remettre quelques-unes de ces chansons au goût du jour, alors le projet de Rufus n’était pas vain.

TOUTE UNE VIE EN QUELQUES SECONDES
Prenons un exemple concret. Vous connaissez sans doute Over The Rainbow. Mais l’avez-vous vraiment écoutée, sans vous dire « ah, encore cette vieille rengaine… »? Avez-vous écouté la version qui figure sur le légendaire Judy at Carnegie Hall? Tendez plus particulièrement l’oreille à la fin de la chanson. Avant la phrase finale, « If happy little bluebirds fly /Beyond the rainbow / why oh why / Can’t I? », on peut l’entendre reprendre son souffle et même légèrement réajuster le micro. Pendant une seconde, le temps semble comme suspendu. Et lorsqu’elle se remet à chanter, c’est tout le parcours de cette femme broyée par Hollywood qui se met à défiler. Elle avait 17 ans lorsqu’elle l’a chanté pour la première fois, elle en a alors 39. En une vingtaine d’années, elle a tout connu, les hauts et les bas. Et ce soir-là, sur scène, il ne lui faut que quelques secondes pour parvenir à raconter toute une vie. Vous en connaissez beaucoup des chanteuses capables de faire ça?

Vous pouvez également regarder l’un de ses films, au hasard (ou presque) Une étoile est née ou le Chant du Missouri. Dans le premier, elle chante le magnifique The Man That Got Away (vidéo); dans le second, la géniale Trolley Song et surtout Have Yourself a Merry Little Christmas, la plus déchirante des chansons de Noël.

Et puis, il y a la légende, bien connue: c’est la tristesse causée par sa mort et par la cérémonie en son honneur, quelques heures plus tôt, qui a rendu encore plus insupportable la descente des policiers au Stonewall Inn de New York, le 28 juin 1969. Il y a quelques années, j’ai interrogé Liza Minnelli, sa fille, à ce sujet. Elle a eu cette jolie réponse: « C’est une histoire trop belle pour ne pas être vraie ».

Pourtant, la femme avait trop de talent pour être réduite à une légende, fût-elle urbaine. Car Judy Garland est bien vivante, aujourd’hui en 2009. Seulement sur disque ou sur grand écran, certes. Mais peu d’artistes, y compris celles et ceux qui ont encore un pouls, le sont avec autant d’éclat.

HOMMAGE CE SOIR AU PALACE
Isabelle Georges (du spectacle Une étoile et moi) et ses ami-e-s rendent hommage ce soir à Judy Garland à 20h30 au Palace, 8, rue du Faubourg-Montmartre, à Paris. Les détails de l’événement sont sur Facebook. Il reste encore des places!