Hier jeudi 18 juin, grand soir de première au Châtelet: la création scénique mondiale de la Pastorale de Gérard Pesson (voir ci-dessus les images de la générale tournées par Yagg). Frétillements d’impatience. On a fait les choses en grand: un très estimable compositeur dont on aimerait plus souvent entendre la musique, un metteur en scène virtuose de l’art vidéo – rien moins que Pierrick Sorin – et un chorégraphe très médiatique, Kamel Ouali, qui a troqué les charmes de Cléopâtre pour ceux, plus retenus, de l’Astrée d’Honoré d’Urfé dont est tiré l’opéra.

Le rideau se lève, et l’orchestre de l’opéra de Tours, sous la baguette experte de Jean-Yves Ossonce, entame la première des 42 scènes de l’ouvrage. La musique séduit instantanément. Cette partition toute d’élégante concision et de clarté d’énoncé musical, lumineuse, fruitée, nous montre Gérard Pesson comme l’un des plus superbes représentants de la Musique Française. Servi par une distribution de choix, en tête de laquelle Olivier Dumait et Judith Gauthier font merveille, tout comme la Staracadémicienne Hoda Sanz, qui convainc et séduit, l’opéra est serti de l’écrin imaginé par Pierrick Sorin. Inventif en diable, facétieux et piquant, Sorin fait son vidéo-show et illustre astucieusement la musique de Pesson, tandis que les chorégraphies de Kamel Ouali remplissent leur office – mais guère plus.

S’il est un point noir à évoquer, on s’attardera sans doute sur l’ineptie d’un livret commis à trois plumes – et c’est pure charité que de ne pas les citer – auprès duquel le genreux Pelleas et Mélisande (Maurice Maeterlinck) semble soudain un cauchemar de prosaïsme. Peut-être préfèrerez-vous une traduction directe de ma phrase alambiquée ? Eh bien, sachez donc que ce livret est écrit avec les pieds. On relève quelques ahurissantes formules – « Alors vous venez, ou bien non? » – et autres perles rares divertissantes hélas écrites au premier degré : « Une extinction de voix en juillet, c’est quand même rare », « Le jour perdure tant que la clarté demeure »…

Mais, malgré cela,  il y a la musique de Gérard Pesson, compositeur que nous découvrirons sur Yagg dans quelques jours, et le spectacle de Sorin. Alors, oui, ça vaut tout de même le coup de se rendre au Châtelet et d’y expérimenter une œuvre nouvelle.

Christophe Mirambeau

Vidéo: Maxime Donzel

Pastorale, opéra en quatre actes de Gérard Pesson, au Théâtre du Châtelet, jusqu’au 24 juin. Plus d’infos ici.