Depuis le mois de janvier, la série La vie est à nous a la lourde tâche de succéder à Sous le soleil, le samedi, à 18 heures, sur TF1. Cerise sur le gâteau, cette fiction française de plutôt bonne facture compte un personnage lesbien, Kelly. Charlie Nune, son interprète, revient sur son rôle dans la série, qui s’achève ce samedi.

Pourriez-vous nous résumer en quelques mots le pitch de La vie est à nous? En gros, la série raconte l’histoire de jeunes trentenaires à qui il arrive toutes sortes de péripéties. Leurs aventures ressemblent un peu à celles de la « vraie » vie, en un peu plus compliquées toutefois.

Quant à Kelly, elle est un peu tarée, assez immature, et impulsive. Pour les relations amoureuses, elle est volage avec des filles qu’elle peut avoir facilement, mais dès que l’histoire devient compliquée, elle s’accroche. Ainsi, dans la série, elle sort avec une femme mariée ou elle se laisse draguer par la copine de son meilleur pote. Elle cherche l’amour impossible.

Pour créer le personnage de Kelly, à la base, je devais m’inspirer de celui de Shane dans The L Word, qui est drôlement canon d’ailleurs, mais l’idée a été vite abandonnée, car son profil ne collait pas aux situations imposées dans La vie est à nous.

En quoi l’homosexualité de Kelly pèse sur le personnage? Son homosexualité a de l’importance car elle fait partie de son histoire et de son passif et qu’elle explique notamment ses relations tendues avec sa mère par exemple. Mais dans l’absolu, on se fout de son orientation sexuelle dans la mesure où l’on apprécie le personnage.

Cet élément vous a-t-il fait hésiter avant d’accepter le rôle? Pour moi, c’était au contraire un très bon point parce que j’ai joué souvent les rôles de blondes un peu gourdes et que j’avais envie de camper un personnage qui me ressemble et dans lequel je pourrais être plus moi-même. Kelly est assez masculine dans sa façon de s’habiller, d’être, de réagir et elle me correspond au naturel. Je n’avais pas envie d’un rôle plus lambda, comme celui de Marion par exemple [la meilleure copine de Kelly dans la série].

Dans la série, Kelly désire soudainement avoir un enfant. Qu’avez-vous pensé de ce rebondissement assez inattendu? Quand on m’a parlé de cette histoire de grossesse, j’ai été très étonnée. Je n’ai pas trouvé hyper crédible qu’elle demande à ses amis de lui faire un bébé et qu’ensuite l’électricien se dévoue gentiment pour l’aider. Finalement, je l’ai fait sans trop me poser de questions, même si je ne cautionne pas, car franchement, quand on est lesbienne, on ne cherche pas à avoir un enfant de cette manière.

Mais de toute façon, dans la série, beaucoup de choses ne correspondent pas à la  réalité ou expériences vécues des comédiens. Je pense notamment au coming-out de Kelly, qui est assez particulier. Elle balance l’information à ses parents, comme ça, lors d’un déjeuner avec ses potes.

Pour revenir au désir d’enfant de Kelly, les auteurs étaient obligés d’écrire très rapidement et ils n’avaient pas le temps de creuser vraiment la problématique de ce que pouvait impliquer une grossesse pour une lesbienne, je le regrette un peu. C’est dommage parce que ça aurait pu être instructif pour le public de comprendre à quel point ce genre de démarche peut-être compliqué…

Dans la série, est-ce que vous pensez que l’homosexualité est bien mise en scène? Dans la série, avec le personnage de Kelly, on n’imagine pas que la vie peut être compliquée au quotidien pour des homos, entre le regard et le jugement des gens. C’est vraiment regrettable car j’ai ressenti une certaine attente du public de ce côté. J’ai reçu des lettres de petites nanas qui voulaient me parler de leurs relations compliquées avec leurs meilleures amies par exemple. Aborder ce point aurait été bénéfique pour des quantités de jeunes gens en plein doute.

Pour conclure, quel avenir pour les fans de la série? Une saison deux en préparation? Non malheureusement la série va s’arrêter faute de promotion après cette unique saison.

Agnès Frémiot