Pierre Serne est président de la commission LGBT des Verts. Il est aussi l’un des deux représentants de l’Ilga-Europe en France, avec Christine Le Doaré. C’est à ce titre que Yagg lui avait demandé une tribune sur l’Europe et les droits des personnes LGBT. Les élections européennes passées, il a accepté de répondre à nos questions sur la composition du nouveau Parlement européen et ses conséquences sur le travail de l’Ilga-Europe, et, plus largement, l’avenir des droits LGBT en Europe.

Que pense l’Ilga-Europe du Parlement européen qui vient d’être élu? Au vu des résultats au niveau européen, ce n’est pas le Parlement rêvé pour les personnes LGBT et l’Ilga-Europe. On note une progression des forces conservatrices en Europe, ainsi que des percées de l’extrême droite dans un certain nombre de pays, une extrême droite très opposée aux droits LGBT, sauf exception, comme les Pays-Bas.

C’est donc, a priori, un Parlement européen moins favorable aux droits LGBT que le Parlement sortant. Mais c’est toujours plus compliqué que ça au Parlement européen. Par exemple, la fameuse Charte de l’Ilga-Europe a été signée par des candidats de droite, parfois même affiliés au Parti populaire européen (PPE), notamment dans certains nouveaux pays de l’Union. Une partie du PPE correspond à des partis libéraux, d’un point de vue économique, mais aussi sociétal.

L’Ilga-Europe prend le Parlement européen tel qu’il est, et nous allons essayer de nous appuyer sur des députés, y compris à droite, susceptibles de faire avancer nos dossiers, comme la directive contre les discriminations.

J’ajouterais que si l’on regarde en détail les rapports de force, certes le Parti socialiste européen perd des sièges mais globalement la droite la plus conservatrice n’est pas majoritaire, donc on doit pouvoir trouver des majorités pour les droits LGBT. Ainsi le groupe des Verts devient encore plus charnière que dans le Parlement précédent, et va être très courtisé, ce qui, connaissant l’attachement de ce groupe à l’égalité des droits, donne un moyen de pression supplémentaire en faveur de nos dossiers puisque nous pourrons compter sur leur soutien. On a vu aussi dans le Parlement sortant qu’une majorité des libéraux du groupe ALDE votaient souvent pour les droits LGBT.

Donc entre le Parti socialiste européen, le groupe des Verts et le groupe ALDE, on n’arrive pas à la majorité, mais cela forme quand même un bloc conséquent au sein du Parlement. Il suffit que quelques éléments des groupes de droite au sein du PPE basculent pour qu’on réussisse à construire des majorités favorables. C’est le pari que fait l’Ilga-Europe.

Cela dit, nous faisons contre mauvaise fortune bon cœur, mais on ne peut pas non plus se dire qu’il faut attendre cinq ans avant d’espérer faire avancer les choses. C’est un Parlement européen qui ne va pas être facile à gérer. Une bonne partie de l’Europe de l’Est envoie des forces très conservatrices. Sur les 50 sièges de la Pologne, par exemple, 43 reviennent à des partis de droite franchement conservateurs sur les questions LGBT.

Avec l’entrée dans l’Union des nouveaux membres, ce virage à droite n’était-il pas prévisible? Oui, c’est aussi pour ça que l’Ilga-Europe a fait sa campagne Be bothered sur les Européennes en s’adressant aux candidats individuellement, et on a eu des surprises, comme à Malte où dans un pays très catholique et conservateur sur les questions sociétales, les deux grands partis, celui de gauche comme celui de droite, ont signé les engagements de l’Ilga-Europe en faveur des droits LGBT. C’est un point d’appui pour ensuite aller les voir et leur rappeler leurs engagements de campagne. Nous avons dépassé les 800 signatures à la Charte, l’Ilga-Europe est en train de faire le décompte pour voir combien de ces signataires ont été élus.