Le 15 mai dernier, Paris accueillait le premier Congrès mondial sur les droits de l’Homme, l’orientation sexuelle et l’identité de genre (voir notre reportage). Si l’idée est belle, quelles seront les conséquences concrètes de ce Congrès? Yagg a posé la question à Steave Nemande, président d’Alternatives-Cameroun, qui participait à l’événement.

Quelle est la situation au Cameroun pour les personnes LGBT? Société très conservatrice où les traditions et les religions occupent toute la place et la loi pénalise les pratiques homosexuelles – les relations sexuelles entre personnes de même sexe sont pénalisées au Cameroun par l’article 347 bis d’une peine de six mois à cinq ans et d’une amende de 20000 à 200000 Francs CFA (300 à 3000 €), la société camerounaise est très homophobe. L’homosexualité y est assimilée à une maladie, à une pratique en vigueur dans des sectes ésotériques, quand elle n’est pas perçue comme un moyen d’ascension sociale. Dans un tel contexte, il ne fait pas bon être homosexuel au Cameroun. Alors, on se cache, on mène une double vie. Beaucoup d’homosexuels sont des bisexuels et se marient, font des enfants sous la pression sociale. C’est dire comment les familles perçoivent l’homosexualité. Pour la plupart d’entre elles, ça n’existe pas. Soit vous menez une double vie, soit alors, découvert, vous prenez la porte à grands fracas. Bien des gays, souvent jeunes et sans ressources, ont été chassés de chez eux. Personne ou presque ne s’avoue donc homosexuel.

Depuis la création d’Alternatives-Cameroun en 2006, 23 cas de détentions arbitraires pour homosexualité ont été reportés. À l’heure actuelle, Yves Ewane, un citoyen camerounais âgé de 27 ans, est détenu arbitrairement à la prison de Douala pour délit d’homosexualité et détournement de mineur. Aucune arrestation à la base des emprisonnements cités n’a été faite dans le cadre d’un flagrant délit tel que le prévoit l’article 347 bis. Au contraire, toutes les procédures sont entachées de violations des droits des personnes arrêtées et d’atteintes à leur dignité.

Faut-il ajouter que les homosexuels camerounais ne bénéficient aujourd’hui d’aucune action entreprise par le gouvernement camerounais dans la lutte contre le VIH?

Vous avez participé au Congrès mondial sur les droits de l’Homme, l’orientation sexuelle et l’identité de genre. En êtes-vous sorti satisfait? Le Congrès a été un magnifique moment de rencontres et d’échanges entre activistes pour la cause LGBT, officiels et partenaires. Le fait que les représentants de la société civile invités soient des personnes impliquées à tous les niveaux (local, régional, continental, international) dans la lutte pour les droits des LGBT a apporté une richesse certaine aux discussions dans les panels. Je suppose aussi que le format de l’événement a permis une plus grande proximité entre délégués, ce qui n’est pas souvent le cas dans les grandes conférences.

Avez-vous l’impression qu’il en sortira quelque chose ou est-ce juste une façon pour la France de se donner bonne conscience? Aujourd’hui, l’euphorie de l’événement passée, il est difficile pour moi de répondre à une telle question sans la lecture préalable du rapport du Congrès résumant les recommandations émises par les différentes tables rondes.

Ce que je peux affirmer est que la mobilisation internationale autour de la question va au-delà de la France. Le gouvernement français en la personne de Mme Rama Yade a décidé d’y apporter une contribution jugée aujourd’hui majeure et encourageante. Mon souhait est de voir demain la problématique des droits de l’Homme en général et des droits des gays et des lesbiennes en particulier inscrite à l’ordre du jour des rencontres de plus haut niveau entre la France et le Cameroun.

Concrètement, qu’attendez-vous d’une telle manifestation? L’objectif du congrès étant de trouver des stratégies pour faire signer la déclaration par les pays non encore signataires, il est capital que les recommandations émises soient utiles aux interlocuteurs directs des ambassadeurs de nos gouvernements à l’ONU et aux associations et fédérations d’associations LGBT ayant un statut d’observateur auprès de l’ECOSOC.

J’y ai participé avec la ferme intention d’apporter une contribution fut-elle minuscule à un effort global et partant de l’éclairage du contexte camerounais. J’espère vivement que la voix des acteurs camerounais de lutte pour les droits des LGBT aura été écoutée. Notre attente première est que l’on passe à l’action au plus vite et que les arrestations sur la base de l’orientation sexuelle cessent au Cameroun. Nous sommes convaincus qu’il suffit pour cela dans un premier temps d’une circulaire adressée par le ministre de la Justice aux organes répressifs.

Pour une association comme la vôtre, est-ce qu’un congrès de ce type permet aussi de prendre des contacts dans d’autres pays? Tout à fait! J’ai eu l’opportunité de rencontrer Me Marie-Elise Gbedo, avocate et première femme candidate aux élections présidentielle dans son pays, le Bénin. C’est une femme qui a un énorme charisme et une volonté manifeste de comprendre et d’agir pour défendre les droits des gays et des lesbiennes dans son pays.

Que pensez-vous de l’annonce d’un fonds de soutien aux ONG LGBTI? Et du montant prévu? La création d’un fonds de soutien aux association de défense des droits LGBT est une formidable initiative dont les gouvernements français et norvégien devraient être félicités. Il est du souhait des associations que tous les pays signataires de la déclaration y apportent leur contribution pour que le capital, modeste aujourd’hui, soit multiplié. En qualité d’acteur communautaire, je n’aurai que deux exigences: que les fonds attribués et la politique de gestion de ces fonds garantissent une autonomie de pensée et d’action aux bénéficiaires et qu’ils participent réellement à faire évoluer la condition des LGBTI dans le monde.

Pour lire la contribution de Steave Nemande à la table ronde 2 (« Comment les États et la société civile peuvent-ils coopérer pour luttercontre les violations des droits de l’homme à l’encontre des personnes LGBT? ») du Congrès sur les droits de l’Homme, l’orientation sexuelle et l’identité de genre, cliquez ici.

D’autre part, cet entretien est également pour Yagg l’occasion vous proposer l’intégralité du discours de Robert Badinter:

Ainsi que le message vidéo envoyé par Thomas Hammarberg, le Commissaire aux droits de l’homme de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe: