Dominique ChaudeyÉPISODE 8: FÊTE, MODE D’EMPLOI
On ne va pas tourner autour du pot: ici, c’est l’été. On ne met plus de chaussettes (y a bien qu’à Tourcoing qu’on met des chaussettes dans les tongs), les mollets poilus et gonflés de désir sont apparents, le marcel est de rigueur, et même les abuelas ont troqué le brushing volumineux contre un mini-chignon sur la nuque, parfait avec le sombrero! Le détail suprême qui me met en transe (bon d’accord, qui me fout le bordel dans le slip), c’est la bouclette de poils mouillés par la transpiration qui dépasse du haut du tee-shirt! Rien que d’y penser…

Qui dit été dit super fiestas! Il y a quelques jours, lors d’un week-end, j’ai eu l’occasion de sortir pour une Hi! (c’est le nom de la soirée, à prononcer « raï », les Espagnols prononcent le « h » anglais comme un « r »: ça donne « Rollywood » ou « Manrattan »). La Hi ! est un peu la K.A.B.P. locale, la soirée où tout les gens qui aiment la bonne musique vont. On y retrouve des gens de Barcelone, de Madrid… et surtout, aucun touriste, aucun de ceux qui font 1000 kilomètres pour se taper une daube d’Offer Nissim! Que du gratin de la night! Je vais donc vous raconter comment on fait la fête entre Espagnols en Espagne…

La Hi! est une fête privée. Il n’y a que 150 places. On ne s’y pointe pas comme une fleur, toute jolie qu’on soit. On préachète: 12€! Oups. On est loin des 60€ de la Supermartxé de Madrid! Pas d’affiche, pas de flyer… On est sur une liste MySpace et l’organisateur avise de la prochaine date un mois à l’avance. J’ai du bol, l’organisateur est le meilleur ami de mon Javier d’amour. Branle-bas de combat la semaine avant la soirée: tout le monde s’appelle. « Tu mets quoi? », « Tu crois que Bégonia va venir en corset et en string? », « Tu y vas en bus? ». Et oui, connaissant la facilité qu’ont les Espagnols à ingurgiter des litres de tout, un service de navettes est organisé pour ramener la viande saoule, cuite… Moyennant 3€ !

Le soir-même, tout le monde se donne rendez-vous pour cenar. On dîne et on commence à la caña. Il faut avoir le ventre plein. Et la fête commence! On fait la tournée des bars ou des appartements, histoire de se chauffer un peu. À 2h30, on prend le bus qui nous emmène au Casino de Monte Picayo: une demi heure de bus et on se retrouve dans un endroit paradisiaque, une colline qui surplombe toute la baie de Valencia. La boîte est petite mais ouverte sur une magnifique terrasse. Grande différence avec les clubs gays français: il y a des filles. Là, c’est concours de démentes. Elle sont folles: si tu as le malheur d’ouvrir la bouche, elle t’y introduise un demi-machin qui va te faire voir la vie à l’espagnole! En boîte, c’est comme devant la télé, les Espagnols parlent. Tout le temps, sans arrêt. Ils te racontent souvent ce qu’ils t’ont déjà raconté à la cena. Mais tu fais semblant de découvrir et tu ris.

J’ai adoré le moment – on ne sait pas vraiment comment ça se déclenche – où les hétéros deviennent nos meilleurs amis. C’est souvent quand ils se rendent compte qu’ils ne risquent rien pour leur copine. Et ils touchent. Une divinité a essayé de me montrer qu’il bandait sur commande. Mais faut pas rêver, à 5 heures du matin, complètement à l’ouest, hétéros ou homos, les garçons sont rarement des supermen de la culotte. Mais la massue (lourde et épaisse) que Paco avait dans le pantalon était agréable à voir, même molle!

En Espagne, on sait toujours quand une fête commence, jamais quand elle finit. À 10 heures, dans le bus du retour, où tout le monde fume son pétard dit de « remise en forme », je pensais mériter une bonne nuit. Et bien non, on rentre pour changer de tee-shirt, ou plutôt pour quitter la serpillère que tu portes depuis 10 heures d’affilée. Et c’est reparti pour un after, puis un after d’after, et un tea-dance! Je suis rentré à la maison le lundi à 9 heures. « On se voit vendredi à Primavera Sound? » me lance César, un pédé plein de cheveux frisés, mignon comme tout, qui a passé l’after à me dire que je faisais 30 ans. Je l’adore. Primavera Sound? C’est le premier festival de l’été. Ça aussi, c’est très espagnol. Tous les week-ends, il y a un festival de musiques électroniques… Mon corps dit: « Encore! ». Et, à ce rythme-là, si en une soirée je perds 14 ans selon mon César préféré, en septembre, j’ai 12 ans!

Conseil du jour pour jouer à l’Espagnol: La plage entre 14 et 17 heures, c’est pour les rougeaudes allemandes ou anglaises. Tu iras bronzer le matin ou le soir!