Moins d’un mois après son départ de Radio France, Jean-Paul Cluzel (à gauche sur la photo) s’est vu remettre, hier jeudi, les insignes de Commandeur dans l’Ordre national du Mérite, par Hugues Gall, son successeur à la tête de l’Opéra de Paris, lors d’une cérémonie au ministère de l’Économie, des Finances et de l’Emploi (Jean-Paul Cluzel est inspecteur des finances).

Dans son discours, Jean-Paul Cluzel a naturellement remercié ceux qui lui ont permis d’avoir la carrière qu’il a eue jusqu’ici, ainsi que ses collaborateurs et collaboratrices. Il a évoqué le trio de parents – son père, sa mère et sa tante – qui lui a « inculqué la rectitude et l’acharnement au travail », avant de s’intéresser aux « nouvelles formes de culture et de médias » en des termes dans lesquels Yagg se retrouve tellement que nous avons envie de les partager avec vous: « Cette nouvelle culture et cette nouvelle information ont beaucoup apporté à notre monde. Elles contribuent en effet puissamment à l’émergence d’une nouvelle citoyenneté. Cette citoyenneté moderne est plus réelle que celle du passé, parce qu’elle est fondée sur une nouvelle légitimité, celle de l’appropriation de la création et de l’information par un très grand nombre. Elle se distingue de la légitimité traditionnelle, celle de l’acceptation passive des élites par le public. »

Faisant le parallèle avec l’expressionnisme abstrait américain, et en particulier les peintres Mark Rothko et Robert Motherwell, Jean-Paul Cluzel a poursuivi: « L’internet a accéléré ce phénomène, en mettant en question le rôle des journalistes, auxquels nombreux préfèrent l’information brute relevée par des citoyens acteurs de la toile. La vidéo d’amateur captée lors d’un incident en banlieue apparaît plus crédible que l’analyse du sociologue. Même lorsque l’information est acceptée comme fiable par le public, elle n’acquiert son importance qu’avec l’écho qu’elle suscite sur la toile. (…) Comme une grande partie de l’art actuel n’existe pas sans le ressenti du spectateur, l’information n’existe pas sans son acceptation par le public et les commentaires qu’elle suscite. »

Fidèle à lui-même, Jean-Paul Cluzel a également rendu hommage aux hommes qui ont partagé sa vie: Richard Wesley-James, Guido Brancher, Boris Caminal et, enfin, son compagnon Nicolas Droin. Au-delà des compétences professionnelles de l’ancien président de Radio France, c’est cette volonté constante de ne jamais cacher qui il est, de réaffirmer sans cesse que son homosexualité est une facette essentielle de sa personnalité, en clair de refaire son coming-out dès qu’il en a l’occasion, qui force le respect.

Photo © MINEIE / Ph.Ricard