Le premier forum Jeunes et VIH a eu lieu le samedi 16 mai à Paris, à l’initiative des associations Adovih et Dessine-moi un mouton. Il avait pour objectif de faire se rencontrer les adolescents séropositifs autour de thématiques diverses (les droits des personnes séropositives, les traitements, la sexualité…). En France, on estime à 500 le nombre d’adolescents contaminés à la naissance par voie materno-fœtale (dans les années 80 et 90), chiffre auquel il faut ajouter les contaminations par voie sexuelle (une centaine de nouveaux cas par an). Ils étaient 140 à avoir fait le déplacement le 16 mai, de France métropolitaine, mais aussi des Dom-Tom, de Suisse et de Belgique. Nous avons rencontré deux membres d’Adovih, qui ont coordonné le forum: Nadine Trocmé, psychologue à l’hôpital pédiatrique Trousseau à Paris, et Sandra Fernandez, infirmière psy VIH à l’hôpital Jean Verdier à Bondy.

Depuis la mise à disposition des antirétroviraux réellement actifs en 1996, les traitements administrés quotidiennement contrôlent efficacement la réplication du virus, et la majorité des enfants et adolescents séropositifs se portent bien physiquement. Pour autant, vivre et grandir avec le VIH n’est pas anodin, comme en témoignent les rares adolescents qui acceptent d’en parler et de livrer leur vécu. Car l’adolescence est une période de questionnement sur soi et de construction identitaire d’autant plus déstabilisante que ces jeunes héritent souvent d’un passé familial complexe. Parcours migratoire (beaucoup d’adolescents séropositifs français sont nés de parents d’origine subsaharienne), parents malades, décédés, terrassés par le poids de la culpabilité… Face à eux, des jeunes un peu paumés, qui s’accommodent comme ils le peuvent d’un traitement et d’examens médicaux qu’ils supportent depuis leur enfance. La plupart d’entre eux (80%) prennent leur traitement sérieusement, malgré quelques turbulences dues à l’adolescence (défi de l’autorité parentale ou médicale, recherche d’attention) et à une certaine lassitude, commune à tous les malades chroniques soignés depuis l’enfance. Et à l’âge de la découverte de l’amour et de la sexualité, ils comprennent l’inscription du virus dans les corps, la possibilité de contaminer à leur tour, la difficulté d’en parler encore et toujours… Autant de problématiques qui ont été soulevées lors du forum du 16 mai.

Delphine Vailly