Après Hélène Flautre, tête de liste Europe Écologie dans le Nord-Ouest, nous poursuivons notre série d’Opinions & Débats sur les élections européennes avec Pierre Serne, membre du bureau exécutif de l’Ilga-Europe.

« POURQUOI LES PERSONNES LGBT ONT TOUT INTÉRÊT À VOTER LE 7 JUIN! » PAR PIERRE SERNE

Les élections européennes qui auront lieu dans quelques semaines vont sans doute, comme c’est hélas désormais une tradition bien ancrée, battre des records d’abstention.

Paradoxalement pourtant, jamais l’Union européenne n’a eu une telle influence sur la vie quotidienne de tant de monde (500 millions d’habitant-e-s désormais tout de même…). Et l’on peut ajouter que les potentialités d’évolutions des normes et des droits, notamment en faveur des personnes les plus fragiles et les plus discriminées, sont de plus en plus à attendre de l’échelon européen. Surtout quand  les choses paraissent à ce point bloquées dans nombre d’États où, comme en France, le conservatisme domine.

Sur les questions LGBT c’est aujourd’hui une évidence. Si l’on se penche un peu sur les dernières années, pratiquement toutes les avancées de l’égalité des droits pour les personnes LGBT en France sont à mettre au crédit de l’Europe: création de la Halde, pénalisation des propos homophobes, législations antidiscriminatoires au travail, etc… À chaque fois il ne s’agit de rien d’autre que de la transposition en droit français de directives européennes. Ce qu’évidemment les gouvernements se gardent généralement bien d’expliquer…

Et si l’on regarde ailleurs, que dire des améliorations (lentes et limitées certes) dans les nouveaux pays de l’Union si ce n’est qu’elles ne sont que le résultat des pressions européennes, notamment dans la phase précédant leur adhésion.

Et pour l’avenir qui peut ne pas voir à quel point la couleur du futur Parlement européen, les rapports de force au sein de la future Commission européenne, auront forcément une influence directe sur l’avancée (ou le recul) des droits et de la vie quotidiennes de millions de personnes LGBT à travers l’Europe?

Les forces les plus conservatrices et réactionnaires siègent au Parlement européen et y candidatent plus que jamais en 2009. Ces forces qui, d’Italie en Pologne, de Lettonie à Malte, n’hésitent pas à étaler ouvertement leur homophobie et leur sexisme, qui veulent interdire les gays dans les métiers de l’enseignement, qui soutiennent les groupes qui attaquent les gay prides, etc… Si elles progressent le 7 juin, il est évident que leurs voix pèseront plus fort au Parlement comme à la Commission, que leurs moyens seront renforcés, leurs projets facilités. Et que des projets importants pour les droits LGBT, comme la directive contre les discriminations actuellement en discussion, seront retardés voire enterrés.

L’Ilga-Europe a lancé pour cette élection européenne une campagne appelant tou-te-s les candidat-e-s à signer 10 engagements en faveur de l’égalité des droits pour les personnes LGBT. La liste des signataires est instructive… On ne saurait trop recommander aux électeurs et aux électrices européen-ne-s de vérifier sur le site de cette campagne comment leurs candidat-e-s s’engagent – ou non – pour l’égalité, avant de voter le 7 juin.

Certain-e-s d’entre nous, ici en France, mais aussi partout en Europe, à Varsovie, à Riga ou à Athènes, ne peuvent se permettre de « passer leur tour » et d’attendre cinq ans de plus pour espérer voir changer leur vie. Nous avons tou-te-s besoin, a fortiori en tant que LGBT, d’une Europe toujours plus tolérante, plus solidaire, plus ouverte. Ne nous trompons pas, c’est un des enjeux des élections du 7 juin. Nos ennemis, eux, le savent bien. Et en général, ils votent, eux…

Pierre Serne, membre du bureau exécutif de l’Ilga-Europe