Dominique ChaudeyÉPISODE 7: TÉLÉ TRASH
Je ne vais pas mentir, je suis un télévore. De ceux qui peuvent rester des heures devant un débat sur l’importance des élections européennes mais aussi de ceux qui « télévotent » à toutes les émissions de télé-réalité. Le meilleur comme le pire! Du coup, ici, je suis aux anges: la télé espagnole assume pour moi-même tous mes travers voyeurs, pathologiquement pervers. Je m’éclate. Et les Espagnols devant leur écran m’éclatent. D’abord, il faut avoir à l’esprit que l’Espagnol parle. Toujours. Même quand il regarde la télé. Comme s’ils avaient un chromosome « Ñ » qui leur provoque un besoin de donner leur avis sur tout. J’ai bien essayé de faire des soirées plateau-télé avec des copines, c’est l’enfer. Autant couper le son.

Sauf quand commence Locura de amor sur Telenovela et que je déjeune chez ma belle-mère adorée. Ça doit être le 12759e épisode: l’héroïne-adolescente du début de la série est grand-mère depuis la semaine dernière (et hop, une couverture de magazine people!). À ce moment-là, c’est silence absolu, je ne moufte pas, ni mon Javier, et encore moins son frère, Jose, 38 ans, qui vit avec maman…

À la télévision espagnole, on prévient au début du programme qu’il faut respecter la présomption d’innocence, qu’une analyse est toujours mieux qu’une psychothérapie de 45 minutes, qu’il ne faut pas tenter de reproduire ce qu’on va voir… Mais une fois les précautions d’usage faites, les producteurs y vont au bazooka. Ça fait peur parfois. Pour un fait divers quelconque qui ferait à peine 30 secondes chez Jean-Pierre Pernaut, ici, on en fait des primes, des émissions spéciales, des tonnes! Et le pauvre mec (peut-être coupable, certes) qui a été arrêté voit sa vie jeter en pâture: sa mère raconte qu’il a pissé au lit jusqu’à 12 ans, son ex, qu’il avait des pannes sexuelles fréquentes, la totale, quoi!

Ça, c’est le côté horrible… Le plus drôle pour moi, c’est le côté exhib’ dont font preuve les Espagnols à toutes les sauces. On ne compte plus les émissions de télé-réalité ou du style de Confessions intimes (en 10 fois plus trash). Il n’y a pas une heure dans la journée où quelqu’un ne raconte pas qu’il a volé sa grand-mère, où qu’une nana se vante d’avoir six orgasmes par jour, ou plus fréquemment qu’un mari voudrait coucher avec sa femme et une autre femme… J’ai honte, mais j’adore. Surtout quand les maris en question sont de gros bourrins poilus qui puent le sexe, je me trémousse sur mon sofa comme une chatte en chaleur. D’accord, quand Javier n’est pas là!

Le summum a été atteint il y a quelques jours. Vers minuit et demi, c’est la deuxième partie de soirée sur Telecinco 2, j’ai regardé El juego de tu vida (voir extrait ci-dessus). C’est une émission où les gens déballent leur vie privée. Rien d’extraordinaire. Les organisateurs font une enquête poussée, très poussée. Les candidats répondent devant trois personnes de leur entourage à des questions plutôt gênantes. S’ils répondent correctement à 21 questions, ils gagnent 100 000€. Là, le candidat en question est une bombe. Sa femme est en face, elle est très jolie. Il y a aussi sa mère, elles sont toujours là les mères. Et son meilleur ami. Pendant une demi-heure, l’émission a détruit la vie de ce couple. Pour de l’argent. Pour ceux qui ne maitrisent pas l’espagnol, voici un florilège des questions posées: « Est-ce que le jour de ton mariage a été le plus triste de ta vie? » (Réponse: oui); « As-tu été infidèle à ta femme après ton mariage? » (Réponse: oui); et la dernière question: « Entretiens-tu une relation avec un transsexuel depuis quelques mois? » (Réponse: oui, bien sûr). Le « hijo de puta » que sa femme lui lance à la fin de l’émission est mérité. Le mieux dans ce show est que la famille dispose d’un joker qui permet au candidat de ne pas répondre. Et avec quelle question l’épouse a-t-elle usé de son joker? Je vous le donne en mille: « As-tu déjà été attiré sexuellement par un homme? ». Cocue et humiliée d’accord. Mariée à un pédé? Pas question!

Conseil du jour pour jouer à l’Espagnol: Quand on te proposera de manger un sandwich aux calamars, tu ne feras pas la moue. À Madrid et au Pays basque, c’est une spécialité.