Du 4 au 7 juin, les citoyens des Pays membres de l’Union européenne se rendront aux urnes pour élire leurs représentants au Parlement européen. La Belgique et la France métropolitaine voteront le 7 juin, les DOM-TOM le 6. La majeure partie des droits LGBT acquis ces dernières années viennent de l’Europe – Union européenne pour la partie législative, Conseil de l’Europe, essentiellement, pour la partie judiciaire.

C’est la raison pour laquelle nous débutons aujourd’hui une série d’Opinions & Débats sur le sujet, afin de rappeler que ce scrutin est essentiel. Car si au niveau national le clivage gauche/droite n’est pas toujours net sur les droits humains, et les droits LGBT en particulier, au niveau européen il en va autrement (tout cela est très bien expliqué sur le blog de David Madore, via Matoo). En juin, mettez de côté vos opinions politiques, et votez européen!

Pour ouvrir le bal, nous avons sollicité Hélène Flautre, tête de liste Europe Écologie dans le Nord-Ouest, première candidate française à avoir signé la charte de l’Ilga-Europe (lire notre article).

« FAIRE AVANCER L’ÉGALITÉ DES DROITS EST LE CŒUR MÊME DU PROJET EUROPÉEN », PAR HÉLÈNE FLAUTRE

Comme présidente de la sous-commission des Droits de l’Homme j’ai eu de nombreuses occasions de défendre et de promouvoir le droit des personnes LGBT: en Turquie pour la reconnaissance de l’association Lambda, en Égypte contre la criminalisation des homosexuels, à Moscou ou Varsovie contre la répression de la Gaypride… Si j’ai été la première candidate française (et l’une des premières en Europe) à signer l’engagement de l’ILGA-Europe en faveur de l’égalité des droits pour les personnes LGBT ce n’est pas un hasard.

Il y a au moins deux façons d’envisager le projet européen: comme un grand marché libéralisé, ou comme une société  égalitaire et respectueuse de toutes et de tous, et de notre environnement. Comme une zone hautement sécurisée aux frontières impénétrables, ou un espace de respect des libertés et d’ouverture aux autres. Comme une occasion de mettre en concurrence les protection sociales, ou comme une dynamique de solidarité. Le choix entre ces options est l’enjeu du scrutin du 7 juin prochain. Ces grands choix concernent directement les lesbiennes, les gays, les personnes bi et trans’.

Lutter contre l’homophobie et la transphobie et faire avancer l’égalité des droits est, à mon sens, le cœur même du projet européen. Encore faut-il qu’il en ait la volonté politique, ce qui dépend de la couleur de ses institutions…

Prenons des exemples: les accords de coopération entre l’Union européenne et ses pays voisins comprennent toujours des clauses sur le respect des droits fondamentaux. Mais il faut  la vigilance permanente d’eurodéputé-e-s engagé-e-s pour que ces clauses ne restent pas lettre morte et que l’Union les fasse jouer pour tenter, notamment, d’améliorer la situation des personnes LGBT dans certains pays partenaires.

C’est aussi souvent par la médiation des eurodéputé-e-s que les associations, les ONG et l’ensemble de la société civile expriment leurs préoccupations sur la situation des LGBT dans tel ou tel pays.

La logique d’enfermement et d’exclusion que l’on voit monter sans cesse un peu plus dans les politiques migratoires des pays membres porte directement atteinte aux droits des personnes LGBT. Combien de personnes ont ainsi été refoulées dans des pays d’origine dits « sûrs » alors que certains de ces pays pénalisent toujours l’homosexualité, parfois jusqu’à la peine capitale?

Il faudra aussi que le Parlement européen maintienne la pression sur la Commission pour qu’elle tienne les engagements de l’Europe en matière de financement de la lutte contre le sida dans le monde. De même, la nouvelle majorité parlementaire devra mettre en place de nouveaux mécanismes de solidarité vis-à-vis des personnes malades et mettre un frein à la privatisation des services de santé actuellement en cours.

Si la lutte contre les discriminations au travail, avec notamment la création de la HALDE en France, est une grande avancée due à l’Union, beaucoup reste encore à faire. Il reviendra au prochain Parlement d’entamer le nécessaire travail sur les discriminations transphobes, que l’Union ne reconnaît pas directement en tant que telles, et d’assurer que la futur directive contre toutes les formes de discriminations, obtenue par la pression du groupe des Verts au Parlement européen, s’étendra bien à l’accès de tous les biens et services, c’est-à-dire à l’ensemble de la vie quotidienne.

Dans un avenir proche tous les couples et toutes les familles devront être reconnus à égalité et bénéficier des mêmes droits. Les pays de l’Union devront adopter des principes simples de reconnaissance mutuelle des différentes formes d’unions (pacs, partenariats enregistrés, mariages), notamment pour les couples de même sexe. Les différentes formes de familles homoparentales doivent aussi être reconnues explicitement dans tous les directives qu’édicte l’Union européenne.

À vous donc d’assurer que les forces conservatrices n’auront pas demain la main sur ces enjeux essentiels!

Hélène Flautre, Députée européenne Verts/ALE, tête de liste Europe Écologie dans le Nord-Ouest