Les filles ont la peau douce, d'Axelle StéphaneCertains livres s’écrivent en quelques mois. D’autres ont besoin de plusieurs années pour arriver à maturité. Les filles ont la peau douce, d’Axelle Stéphane, est de ceux-là, mais l’attente valait la peine. Les filles ont la peau douce, c’est un peu le livre que toute lesbienne devrait avoir entre les mains au moment de son coming-out.

Sans jamais tomber dans le côté donneuse de leçons, Axelle Stéphane, 32 ans, réussit à aborder à peu près tous les domaines où l’on se sent larguée à un moment ou à un autre. Elle n’a pas la prétention d’apporter des solutions qui s’appliqueraient à toutes les situations, juste des pistes, une façon de donner la main, une sorte de meilleure amie toujours dispo. Rencontre avec l’auteure d’un livre très Yagg – et pas seulement parce que les illustrations sont de La p’tite Blan!

Pourquoi ce livre? J’avais envie de lire un livre comme celui-ci, et je n’en ai pas trouvé en librairie. J’ai décidé de l’écrire. Au départ, il était plutôt axé sur le sexe, j’écrivais par intermittence. À un moment, il est resté un peu en jachère. Quand ma copine m’a quittée, ça m’a fait un petit coup, et j’ai recommencé à travailler sur le bouquin. J’ai commencé à sortir dans le milieu, j’ai rencontré des filles avec qui j’ai réalisé des entretiens. Je leur montrais le manuscrit et elles me donnaient leur avis, me racontaient leurs histoires, me disaient ce qu’elles aimeraient trouver dans un livre comme celui-ci, ce qui leur parlait moins… À chaque fois que je voyais quelqu’un, je retravaillais le manuscrit, qui a grossi au fur et à mesure.

Il est auto-édité, c’est par choix? J’ai commencé par l’envoyer à des maisons d’édition. Les quelques retours que j’ai eus des généralistes étaient sur le thème « Ce n’est pas dans notre ligne éditoriale », y compris venant d’éditeurs qui ont publié des guides de ce genre. Les éditions gaies et lesbiennes d’Anne et Marine Rambach, que j’avais rencontrées, étaient en faillite, mais elles m’ont donné des conseils, de même que Catherine Allex (La Cerisaie). Un gars que je ne connaissais pas m’a contactée, il montait sa maison d’édition, j’ai signé avec lui. Ça n’a pas marché, finalement, et j’ai récupéré mes droits. Je n’ai pas eu envie de chercher un autre éditeur, j’ai décidé de sortir le livre moi-même. Une copine graphiste a fait la maquette. J’ai fait pas mal appel au réseau, j’ai demandé à SOS homophobie qui était leur imprimeur, par exemple. J’ai testé une première maquette à Cineffable, mais elle était un peu trop décalée, on a fait plusieurs essais jusqu’au produit final, qui a été lancé le 11 février dernier, à la librairie parisienne Violette & Co.

Vous avez demandé à Marie-Jo Bonnet d’écrire la préface. Comment cela s’est-il fait? Je l’ai rencontrée au festival gay et lesbien, je ne savais pas qui elle était, alors j’ai acheté ses livres. Je l’ai recontactée pour lui demander conseil, elle a été très sympa. Et j’avais envie d’inscrire le livre dans la continuité de ce qu’avaient fait les autres avant.

Vous n’avez pas voulu que Yagg publie votre photo. C’est étrange pour quelqu’un qui donne des conseils sur le coming-out, non? J’ai mis une photo sur la quatrième de couverture du livre pour avancer à visage découvert. Il y a une tendance forte à la personnalisation (la starification) et j’ai envie d’y résister un peu à ma manière. J’ai plus envie de faire connaître mon livre que ma photo!

Et maintenant? Comme je n’ai pas d’éditeur, je n’ai pas non plus de réseau de distribution. J’ai fait un mailing aux associations, j’ai eu de très bons retours, j’ai été invitée par plusieurs d’entre elles à rencontrer leurs membres, c’est un bon moyen de faire connaître le livre. Et je cherche des librairies indépendantes qui seraient partantes pour le prendre. Il est vendu dans les librairies gays et lesbiennes de Paris et de Lyon, il en faudrait d’autres, homos ou généralistes. Je n’ai pas approché la Fnac, c’est aussi à cause d’eux que les librairies indépendantes ont du mal à tenir.

J’ai déjà de bon retours de lectrices qui me conseillent des librairies suite à un billet que j’ai écrit sur mon blog. Des réseaux féministes vont aussi distribuer mon livre. C’est plus difficile de démarcher comme ça toute seule que si j’avais un éditeur qui s’en occupait. ça prend du temps aussi. Mais je trouve ça super de choisir avec qui on travaille et de voir que les gens sont vraiment capables du meilleur. Si tout continue à bien se passer comme ça, j’ai envie d’écrire d’autres livres, notamment des livres illustrés pour les enfants des familles homoparentales.

Les filles ont la peau douce d’Axelle Stéphane, 160 p., 12,70€.

Le site d’Axelle Stéphane

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