Tous les ans, les militants LGBT de Riga, en Lettonie, remontent le tas de sable. Tous les ans, ils demandent l’autorisation d’organiser une gay pride. Tous les ans, la bataille recommence. Cette année ne déroge pas à la règle, puisqu’après avoir été autorisée, la marche, prévue ce samedi, le 16 mai, vient d’être interdite.

Déjà en 2005, la pride avait été interdite deux jours avant sa tenue. La Cour suprême de Lettonie avait jugé illégale l’interdiction de celle de 2006. En 2007, légère amélioration puisque la pride avait pu avoir lieu, mais confinée dans l’enceinte d’un parc. En 2008, plus de parc mais une contre-manifestation imposante. Et en 2009?

Début mai (la demande avait été déposée en octobre…), la municipalité avait donné son accord pour la Baltic Pride. La marche, organisée par l’association LGBT Mozaika, devait avoir lieu samedi autour de Vermanes darzs, le parc qui avait accueilli celle de 2007. Les organisateurs ont reçu le soutien d’un nombre croissant d’acteurs LGBT internationaux, dont l’Inter-LGBT, le Centre LGBT Paris IdFAmnesty International, Les Verts, l’association angevine Quazar et la Belgian Lesbian and Gay Pride (BLGP) – qui marcheront aussi le 16. Les ambassadeurs canadien, danois, néerlandais, britannique et suédois – mais pas français – avaient prévu de participer à la cérémonie d’ouverture.

Mais la droite dure a décidé de réagir, et 34 des 60 membres du Conseil municipal de Riga (RCC) ont lancé un ultimatum au directeur exécutif du RCC, Andris Grīnbergs, lui demandant de retirer l’agrément et d’interdire la pride, au motif qu’elle est contraire à la moralité. Un nouveau vote a eu lieu, qui a donc annulé la marche. Mozaika prépare un recours en référé. Pour Linda Freimane, présidente de Mozaika et membre du bureau exécutif de l’Ilga-Europe (dont les deux membres français, Christine Le Doaré et Pierre Serne, seront à Riga), il y de fortes chances que le tribunal administratif donne raison à l’association, puisque l’interdiction n’a aucun fondement juridique. La Lettonie est en pleine campagne pour les élections municipales, et s’opposer à une manifestation LGBT peut être payant politiquement.

Le risque pour les organisateurs de la pride, néanmoins, est que le tribunal n’examine pas la demande à temps pour que la marche ait lieu samedi. Mozaika en appelle donc à la solidarité internationale et invite à s’adresser au gouvernement letton, dont le Premier ministre, Valdis Dombrovskis, est issu du parti Nouvelle Ère, l’un des plus gay-friendly du pays, et au Président Valdis Zatlers, afin qu’ils réagissent « à la situation embarrassante dans laquelle se trouve la Lettonie », à savoir le parallèle entre Riga et Moscou… « La décision du RCC est non seulement illégale et contraire aux droits humains, insiste l’association, mais elle ridiculise la Lettonie sur la scène européenne ». La Lettonie a en effet intégré l’Union européenne en mai 2004.

Pour écrire:
au maire de Riga Jānis Birks: sekretariats@riga.lv
au Premier ministre Valdis Dombrovskis: valdis.dombrovskis@mk.gov.lv et antra.zalite@mk.gov.lv
au Président Valdis Zatlers: chancery@president.lv

[mise à jour, 14h20] Un communiqué de l’association Quazar nous informe qu’à sa demande, Jean-Claude Antonini, maire PS d’Angers (Maine-et-Loire), vient d’adresser un courrier à son homologue de Riga pour demander la protection, et un effort de sécurité des pouvoirs publics lettons, en faveur des participants de la Baltic Pride, ce samedi dans la capitale lettone.

[mise à jour, 15h11] Le tribunal administratif a accepté d’examiner la demande de Mozaika demain, vendredi, à 10 heures. Les organisateurs de la Baltic Pride ont bon espoir d’être entendus.