C'est une nouvelle page qui s'ouvre dans l'histoire de l'épidémie. Ce jeudi matin, le Conseil national du sida (CNS) présente un avis et formule des recommandations sur "l'intérêt du traitement comme outil novateur de la lutte contre l'épidémie d'infections à VIH".

Le traitement doit-il devenir un outil de prévention contre le VIH? Faut-il proposer un traitement précoce aux séropositifs dans le but de diminuer les risques de transmission? Faut-il dépister plus pour traiter plus? À ces trois questions, le Pr Willy Rozenbaum, président du CNS, répond par l'affirmative. Traitement et prévention classique deviennent complémentaires avec pour objectif de diminuer le nombre de transmissions. Dans l'interview-vidéo qu'il a accordée à Yagg (voir ci-dessus), Willy Rozenbaum explique pourquoi il faut modifier radicalement l'image des traitements, insiste sur les freins au dépistage dans la communauté gay et sur la nécessité – pour les associations homosexuelles – de faire du VIH une priorité.

Nous savons depuis plusieurs années que la diminution de la charge virale sous traitement réduit aussi le risque de transmission. Au niveau collectif, traiter au moins 50% des personnes infectées permettrait, selon de nombreuses études, de diminuer le nombre de nouvelles contaminations. Seulement voilà, en France, d'après une estimation, seulement 46% des personnes infectées suivent un traitement, les autres, pour la plupart, ne connaissent pas leur statut. Aux pouvoirs publics, le CNS recommande donc "de renforcer l’offre de dépistage et d’améliorer la continuité entre le dépistage et la prise en charge afin d’augmenter le nombre de personnes dépistées et traitées".

Sur un plan individuel aussi, le traitement, efficace, bien pris, induit une réduction de la transmission. Mais sur cet aspect, l'avis du CNS reste mesuré, car le risque résiduel de transmission existe. Les membres du Conseil ne vont pas, comme les autorités suisses, jusqu'à expliquer que les couples sérodiscordants peuvent abandonner le préservatif, à condition que le partenaire séropositif ait un traitement efficace. Pour Willy Rozenbaum, il est cependant indispensable d'informer les séropositifs et leurs partenaires de l'existence de cette nouvelle donne et de redéfinir la complémentarité des outils de prévention: oui la capote protège du VIH, mais le traitement aussi. Il serait inefficace de les opposer.

Bien entendu, cette stratégie fait porter sur le séropositif une nouvelle responsabilité, comme le souligne l'avis du CNS: "Avec le traitement, en revanche, apparaît un moyen, médicalisé et non comportemental, dissocié de l’acte sexuel, de rendre les personnes porteuses du virus très peu contaminantes. La maîtrise de ce moyen n’est plus également partagée par les partenaires, elle relève du seul partenaire infecté, qui porte alors entièrement, si aucune autre technique de protection n’est utilisée, la responsabilité de réduire le risque pour l’autre. […] La promotion de l’intérêt du traitement pour réduire le risque de transmission devra donc s’accompagner d’un message clair de prudence. L’outil que constitue le traitement ne remplace pas l’usage du préservatif, qui demeure, à condition d’être correctement utilisé, un moyen fiable par lequel chacun peut garder, indépendamment de la connaissance du statut sérologique du partenaire, la maîtrise de la protection de soi comme d’autrui lors d’une relation sexuelle".

Le CNS recommande enfin aux médecins que "face à des personnes infectées par le VIH et en difficulté de prévention, mais qui ne nécessitent pas de traitement pour elles-mêmes au regard des recommandations actuelles, d’aborder avec ces patients l’éventualité d’initier un traitement afin de réduire les risques de transmission. En tout état de cause, la prescription d’un traitement pour son effet préventif devra répondre à une demande exprimée par le patient." L'avis du CNS, très attendu par les associations, devrait provoquer de nombreuses réactions. Sera-t-il suivi d'effets? Il est permis de l'espérer.

Christophe Martet