La revue Chimères qui se rattache au courant de la psychanalyse
deleuzo-guattarienne, mais en déborde largement, consacre son nouveau numéro intitulé Désir Hocquenghem à l'écrivain homosexuel disparu en 1988 (ci-dessus un extrait de Tino, réalisé par Lionel Soukaz et Guy Hocquenghem, ce dernier apparaissant à l'image vers la sixième minute).

Les rapports entre Guy Hocquenghem et les Roux-Combaluzier de la
psyché ont été constants.
On trouve dans ce numéro des textes résumant les contributions du colloque Hocquenghem qui s'est tenu à Quimper en octobre 2008, et d’autres. C’est un vrai foisonnement qui n’exclut ni les poèmes ni le
graphisme.

Peut-être le texte le plus émouvant de ce recueil est-il Avoir 20 ans dans les
années 2000 et lire la
Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au
Rotary club (le pamphlet où Guy s’en prenait à ceux de sa génération passés
de la révolution à l’économie de marché). Il faut dire que là, ce qu’il
dénonçait a juste empiré, ceux qu’il attaquaient sont juste devenus plus
ignobles.

Ses amis auraient pensé que Guy passerait d’abord à la postérité comme
activiste et théoricien pédé, et bien non, c’est le pamphlétaire social qui
reste actuel tandis que les contributions théoriques à la libération des mœurs
deviennent obsolètes au fur et à mesure de leur efficacité sur la société. Rien
n’est dépassé aussi vite que la critique des mœurs, et ceux qui dans ce recueil
essaient tant bien que mal de raccrocher les théories de Guy avec celles qui
sont en vogue aujourd’hui (théorie queer) risquent bien de voir leurs thèses se
démoder peu à peu. Un jeune chercheur américain a basé toute sa contribution sur
l’humour de Guy Hocquenghem, quel bel hommage.

On parle bien sûr beaucoup d’homosexualité dans ce numéro qui se lit par les
deux bouts. Parfois dans la métalangue des psys, parfois dans des fictions
crues, parfois dans des discussions avec des témoins (René Schérer,
l’essentiel). On parle de l’univers romanesque de Guy, où L’Amour en relief
semble faire l’unanimité. Chimères reproduit quelques textes journalistiques
d’Hocquenghem avec ce ton merveilleusement polémique qu’il savait donner à
chaque phrase. L’impertinence est à la mode, mais à l’époque, celle-ci était
proprement indésirable, et Guy amenait le scandale où qu’il aille (il n’a été
intégré à l’université que quelques mois avant sa mort). J’ai moi-même commis quelques
souvenirs sur Guy journaliste et sa présence à Libération, pas toujours facile
face aux petits tribunaux des gauchistes.

En remarquant qu’une facette d’Hocquenghem est absente de cet hommage, la
facette chrétienne (gnostique ou non) qui se retrouve dans ses derniers romans
comme La Colère de l’Agneau, et qu’on attend toujours un "Hocquenghem
auteur chrétien", on ne peut que saluer une telle initiative. Devant un tel
foisonnement, la phrase de Henri III devant le cadavre du Duc de Guise vous
vient en mémoire: "il est encore plus grand mort que vivant".

Hélène Hazera

Désir Hocquenghem – Chimères n°69, 448 pages, 15€.