Il y a quelques mois, le journaliste français Dominique Chaudey a décidé de tout quitter – son pays, son job, ses amis — pour s'installer à Valencia, en Espagne, où l'attendent une nouvelle vie… et un nouvel amour. Pour Yagg, il a accepté de tenir la chronique de cette expérience.

Épisode 6: "Des fêtes et des légionnaires"

Lundi, 16h30. Fin de la sieste. Il fait beau et il fait chaud. Qu’est-ce que je fais? Una horchata en terrasse? Ou alors je vais à la plage? Je commence à faire mon sac… Et puis non, je vais rester sur mon canapé à ne rien faire! À me reposer. Parce que je suis crevé. Je n’arrive plus à suivre les Espagnols. Depuis presque deux mois, c’est fête sur fête.

Dominique Chaudey En mars, il y a eu deux semaines de Fallas (festivités de Valencia avec feux d’artifice quotidiens en… plein jour), début avril, une semaine de Semana Santa, aujourd’hui, c’est férié (c’est la San Vicente Ferrer! À ne pas confondre avec la San Vicente Martyr, autre jour férié, en janvier celui-là). Ici, on attend avec impatience le 1er mai, l’Ascension, la Pentecôte, la Saint-Jean et j’en passe. Toutes les occasions sont bonnes pour faire la fête.

Que les âmes anticléricales se rassurent, même si tous ces événements paraissent très religieux, c’est surtout et avant tout folklorique. Ça fait marcher le tourisme. Les Espagnols font preuve d’un second degré étonnant pour ces fêtes. Pour preuve, la présence de la Légion espagnole à la Semana Santa de Malaga (voir la vidéo ci-dessus). Des militaires qui portent la croix dans un pays laïc! Ça ne dérange personne. Et quels militaires! Ils sont sublimes, chemise ouverte, tous poils dehors, et un cul! Ils doivent se faire greffer des culs ces mecs-là!

Les fiestas, ça commence toujours par une procession. Pendant la San Antonio Abad, chaque 17 janvier, ce sont les animaux qui sont fêtés. Du coup, on a droit à un défilé de chiens, de chevaux, de poules. Non, non, vous ne rêvez pas, on bénit les animaux (et les potagers) le 17 janvier! Le 11 juillet, la procession a lieu en bateau sur la mer pour les festivités de la Virgen del Carmen. La fête aura donc lieu sur la plage, question de température, je suppose. Ça va être génial, tous ces maillots de bain rassemblés pour faire la fête… Les dunes vont être chaudes. Après la procession, donc, on commence vraiment la fiesta. Tapas y cervezas dans la rue! En Espagne, on fait la fête dans la rue. Et les riverains? Ils remontent chez eux de temps en temps pour aller chercher de la bière. Et ce, jusqu’à la fin de la nuit. Et comme il fait chaud, les fêtes commencent tard… Et dans ces nuits de fiestas, on assiste à tout et à n’importe quoi. Les hétéros pompettes ont une tendance marquée à se déshabiller pour exhiber leurs muscles, et leur copine à nous demander de palper les dits-muscles. Tout le monde se mélange dans la bonne humeur et dans l’alcool. Et ne parlez pas ici de modération, même les abuelas sont au chupito. Pendant les Fallas, pour des soucis écologiques et pour moins gaspiller de verres en plastique, on vendait des verres d’un demi-litre d’alcool à 8 euros!

Aujourd’hui, donc, c’est la San Vicente Ferrer. Ils ont installé un peu partout dans la ville des podiums avec des images pieuses incrustées. Et les écoles de quartier proposent des représentations de pièces de théâtre du folklore local en Valenciano. Je me suis donc installé à côté de deux abuelas qui devaient sortir de la messe et j’ai écouté. En fait, j’ai écouté les mamies. Que malas! Quand un gamin déguisé en meunier, un peu efféminé certes, est arrivé sur scène, l’une d’elles a lancé à l’autre: "il s’est trompé de rôle, il aurait dû faire la princesse", et l’autre de répondre: "il est trop jeune pour faire drag queen!". Et les deux sont parties dans un fou rire tonitruant qui a rendu comique la pièce que les enfants jouaient. Le gamin, tout fier d’avoir provoqué l’hilarité de l’assistance, sera, c’est sûr, drag queen… ou légionnaire!

Conseil du jour pour jouer à l'Espagnol: Quand tu verras une affiche sur une porte où il est écrit "No te mees", tu essayeras de ne pas pratiquer le sport national espagnol, à savoir pisser dans la rue!

Dominique Chaudey