PierreNkurunziza-145x150La nouvelle était malheureusement attendue. Le 22 avril, le président du Burundi, Pierre Nkurunziza (photo), a promulgué une loi qui criminalise les pratiques sexuelles entre personnes de même sexe. Avec l’entrée en vigueur du nouveau code pénal, les relations homosexuelles seront passibles, selon l’article 567, de peines pouvant aller jusqu’à deux ans de prison. Jusqu’alors, la loi de ce pays d’Afrique de l’Est ne faisait pas mention de l’homosexualité. Samedi 25 avril, plus de 63 organisations internationales et nationales de défense des droits humains appellent dans un communiqué le Président à revenir sur sa décision. Celle-ci intervient après des mois d’intense lobbying de la part des partisans de la criminalisation.

En novembre 2008, le Parlement avait adopté un projet de code pénal criminalisant la pratique homosexuelle. Le 6 mars dernier, entre 10000 et 20000 personnes avaient manifesté à Bujumbura, la capitale du Burundi, en faveur de la loi, et de nombreux représentants religieux avaient donné de la voix pour demander à ce qu’on punisse les pratiques homosexuelles.

« Le Burundi a, de manière décevante, fait un pas en arrière en légalisant la discrimination », a estimé dans le communiqué Scott Long, responsable de la section des Droits des Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Transgenres pour Human Rights Watch (HRW). « Le gouvernement s’est réfugié derrière la « coutume » et la « culture » pour justifier cette mesure répressive mais il ne peut y avoir de justification à la privation d’une partie des Burundais de leurs droits fondamentaux », a-t-il ajouté.

[mise à jour, 13h10] Act Up-Paris a réagi, par la voix de Pauline Londeix, chargée du plaidoyer international: « Les lois pénalisant l’homosexualité ont des conséquences dramatiques en terme de lutte contre le VIH/sida. Au Sénégal par exemple, la répression a rendu impossible toute prévention du VIH envers les MSM. Le Burundi bénéficie depuis 2002 d’argent du Fonds Mondial de lutte contre le sida, notamment dans le but de lutter contre les discriminations que subissent les groupes « vulnérables », dont font partie les MSM. Aujourd’hui, à l’heure où le nombre de contaminations continue d’être supérieur au nombre de personnes mises sous traitement — et alors que la pandémie ne cesse de progresser, une nouvelle loi votée en Afrique pénalisant l’homosexualité représente une catastrophe en terme de santé publique et  de respect des droits humains. »

[mise à jour, 13h17] En Belgique, le ministre de la Coopération au développement, Charles Michel, se dit très préoccupé par l’annonce de la signature par le Président burundais Nkurunziza d’une loi criminalisant l’homosexualité. Dans un communiqué diffusé lundi, Charles Michel indique qu’il prendra contact dans les prochaines heures avec ses différents collègues européens afin d’envisager une réaction concertée suite à ce cas manifeste d’atteinte aux droits humains.

[mise à jour, 15h12] Contactée par Yagg, Jeanne Gapyia, présidente de l’ANSS, l’association burundaise de lutte contre le sida, se dit déçue: « Je croyais que la raison prendrait le dessus, mais hélas la campagne électorale a pris le dessus ». Celle qui fut la première à déclarer ouvertement qu’elle était séropositive en 1995 nous a fait parvenir l’extrait d’une intervention qu’elle avait organisée devant la presse burundaise, le 18 mars dernier, pour dire son opposition à la loi criminalisant l’homosexualité. « Aujourd’hui, parce qu’elle fait fi de la science et des faits, parce qu’elle est basée sur des considérations morales ou religieuses, parce quelle foule au pied les droits des individus, parce qu’elle sert peut-être des visées politiciennes, la disposition du nouveau Code pénal qui criminaliserait l’homosexualité est comparable à l’attitude qui a déclenché ma révolte en 1995. […] On nous dira que la société et la culture africaines ne sont pas prêtes à accepter l’homosexualité. De quelle société africaine parle-t-on? L’Afrique du Sud a reconnu l’homosexualité dans sa constitution. Serait-elle en Afrique ou pas? Nelson Mandela et Mgr Desmond Tutu ont dit qu’il ne fallait pas pénaliser l’homosexualité. Ne sont-ils pas Africains? Cela les a-t-il empêché d’obtenir le prix Nobel de la paix?« 

[mise à jour, 17h40] Dans un communiqué qui sera rendu public dans les toutes prochaines heures, Rama Yade, la secrétaire d’État chargée des Affaires étrangères et des Droits de l’Homme, « déplore vivement » l’introduction de la pénalisation de l’homosexualité dans le nouveau code pénal. Selon nos informations, Rama Yade, qui s’était rendue les 26 et février dernier au Burundi, avait déjà abordé cette question avec le président Pierre Nkurunziza. Dans un courrier du 19 avril, adressé aux autorités burundaises, elle soulignait que cette nouvelle disposition du code pénal, si elle était promulguée, irait à l’encontre des engagements internationaux du Burundi et que celà aurait aussi de graves conséquences sur la lutte contre le sida. En promulgant cette loi homophobe, le président burundais lui a infligé un cinglant camouflet.

[mise à jour 18h01] Pour Louis-George Tin, initiateur de la Journée mondiale contre l’homophobie, cette décision est « abominable ». Ce militant de la dépénalisation demande maintenant à ce que l’arme économique soit utilisée contre le Burundi pour exiger que la question des droits humains y soit respectée. ll faut selon lui que la France mais surtout l’Europe « créé un rapport de forces en faveur de la dépénalisation ».

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Ailleurs sur la toile:

Sur l’historique du code pénal, l’article de Human Rights Watch.