Nous vous l'annoncions hier, la justice sénégalaise a annulé la condamnation des neuf hommes pour homosexualité (lire article). C'est sur ordre de la cour d'appel de Dakar que les neuf hommes ont été remis en liberté lundi 20 avril. Ils avaient été condamnés le 7 janvier pour "acte impudique et contre nature et association de malfaiteurs" après avoir été arrêtés en décembre à Mbao, à la périphérie de Dakar (voir ci-dessus le reportage sur la condition des homos au Sénégal, diffusé dans l'émission L'Effet papillon, sur Canal+, le 5 avril dernier).

Selon l'Agence de presse sénégalaise, la libération des neuf hommes a été largement commentée par la presse de Dakar. Et pas pour s'en féliciter le plus souvent. "Les 9 homosexuels recouvrent la liberté: Sarkozy et Delanoë font plier les autorités", titre L’Office. En janvier, la condamnation des neuf hommes avait suscité de très nombreuses réactions en France, dont celles du maire de Paris et du président de la République. De leur côté, Rewmi Quotidien et Le Matin se demandent si c’est une "pression internationale" qui a fait libérer les neuf homosexuels.

L'homophobie d'une partie de l'opinion publique sénégalaise, alimentée par certains médias, explique aussi en partie pourquoi les associations françaises de défense des droits humains et de lutte contre le sida se sont montrées assez discrètes pendant les quelques mois qui viennent de s'écouler. Hier, les responsables d'associations n'ont pas souhaité répondre à nos demandes de réaction, tant la prudence reste de mise. Le sentiment général est la peur qu'un déferlement homophobe ne vienne aggraver la situation des condamnés et celle des homosexuels un tant soi peu visibles au Sénégal, un pays dans lequel l'homosexualité demeure illégale.

Cependant, la question qui se pose aujourd'hui est de savoir comment faire progresser les droits des homosexuels africains, afin entre autres de leur permettre de bénéficier des actions de prévention et de l'accès aux traitements, dans le cadre de la lutte contre le sida. Il y a urgence. Lors de la dernière conférence mondiale sur le sida, qui s'est tenue à Mexico en août dernier, de très nombreuses études ont mis en lumière l'étendue de l'épidémie parmi les homosexuels africains. Ainsi, au Sénégal, la prévalence du VIH est 20 fois plus importante chez les homosexuels que dans le reste de la population. Le Malien Michel Sidibé, directeur d'Onusida, ne s'y est d'ailleurs pas trompé. Il a accueilli la libération des neuf hommes comme "une victoire du droit pour combattre la criminalisation des homosexuels".

Christophe Martet