Perdues au fin fond de la jungle, deux tribus d’homo-sapiens évolués se disputent un terrain de chasse. Afin d’assurer la survie de sa tribu, le fluet Yuen, peu habile à la chasse, est chargé d’aborder Emba, beau jeune homme de la peuplade opposée. Mais, pour faciliter la discussion, le chef de tribu et père de Yuen lui demande de se déguiser en fille. Au fil des rencontres et partie de chasse, où Emba déploie tout son talent, naît entre les deux jeunes hommes un étrange sentiment…

D’un premier abord, Wild Rock, qui vient d’être traduit chez Taifu, se présente comme un yaoi classique utilisant les ficelles du genre. L’histoire d’amour entre Emba et Yuen est vite traitée, les dialogues ne sont pas des plus pertinents et finalement en accord avec la période historique; après tout, le récit se déroule à la préhistoire! Enfin, une ère préhistorique agencée au goût de la mangaka Kazusa Takashima…

Cela dit, Wild Rock n’est pas forcément à prendre au premier degré (comme le yaoi en règle général d’ailleurs), et sa lecture mérite peut-être de prendre un peu de recul afin d’accéder à un certain humour. Volontaire ou involontaire? Difficile à dire étant données notre méconnaissance de la mangaka en France et la traduction, pas toujours évidente, du japonais au français. Toujours est-il que Wild Rock peut se révéler très drôle pour un peu que le lecteur soit sensible à son humour.

Mais là ne réside pas l’originalité de Wild Rock. Non, ce qui démarque ce yaoi des autres lectures du même genre, ce sont les histoires suivantes, regroupées sous le titre Wild Rock Gaiden, qui inscrivent le récit dans le temps et mettent en avant une certaine évolution. En effet, Innocent Lies nous conte l’amour caché et impossible des deux chefs de tribus et pères respectifs de nos deux héros, du temps de leur jeunesse. Il se poursuit par de courtes histoires, Child Rock et Child Rock Returns, mettant en avant un enfant, Nava, le petit neveu de Yuen, en compagnie de nos deux tourtereaux. La notion de parentalité est même abordée (en une réflexion) par Yuen qui observe silencieusement Emba et Nava jouant ensemble. Ces deux courts récits renforcent aussi cette notion de passage du temps puisque l’âge de l’enfant n’est pas le même sur les deux chapitres.

Et c’est cet ensemble qui apporte à cet opus tout son charme. Kazusa Takashima traverse allègrement et avec efficacité les générations, apportant une "certaine" crédibilité et un charme certain à ce one shot. On pourrait même pousser la réflexion un peu plus loin et mentionner le fait qu’elle effleure l’idée d’évolution des mentalités et d’une société (tolérance/liberté, mais aussi évolution et changement de la manière de penser de l’être humain, plus axé et recentré sur lui-même, qui refuse de sacrifier son bonheur pour des codes ou normes sociétales).

Cependant, n’exagérons rien, Wild Rock reste un yaoi et donc une histoire superficielle. Mais la mangaka lui apporte une couleur particulière et un côté touchant en jouant ainsi entre les générations, le tout étant servi par un beau graphisme.

Virgine Sabatier

Wild Rock, de Kazusa Takashima, Taifu, 200 p., 8,95€.

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