L’interdiction du don du sang aux gays ne passe décidément pas. À Alès, dans le Gard, un gay a décidé de porter plainte contre l’Établissement français du sang (EFS). Joint ce matin par téléphone, Alexandre Marcel raconte à Yagg pourquoi il a entamé cette démarche.

Le 27 mars, Alexandre Marcel décide d’aller donner son sang. Sur place, le médecin lui signifie qu’en raison de son orientation sexuelle, ce n’est pas possible. Jugeant la situation « rabaissante » et « humiliante », cet homme qui vit près d’Alès, en couple depuis quatre ans et demi et « fidèle », a décidé de porter l’affaire devant les tribunaux.

Son avocat, Me Luc Abrakiewicsz, nous a confirmé qu’une plainte a bien été déposée auprès du procureur de la République d’Alès. Pour lui et son client, cette contre-indication permanente est une « discrimination ». Selon Me Abrakiewicsz, l’arrêté qui fixe cette règle est « contraire à la directive européenne de 2004, qui parle de comportements et pas d’orientation sexuelle ».

En cause également selon eux, les chiffres de l’Institut de veille sanitaire (InVS), sur lesquels s’appuie l’EFS. Le taux de prévalence du VIH chez les gays, que l’InVS situe entre 10 et 15% est estimé à partir de l’Enquête Presse Gaie, du Baromètre Gai mais aussi de l’analyse
annuelle des notifications de nouveaux cas de séropositivité. C’est ce taux et la fenêtre de séroconversion du VIH – période pendant laquelle les anticorps sont indétectables par le test de dépistage –, qui justifient l’interdiction.

Et c’est exactement cela que conteste Alexandre Marcel: « À partir du moment où il n’y a pas de recensement des homosexuels – ce qui est une bonne chose – on ne peut pas avoir de chiffres sérieux », affirme le plaignant, qui qualifie les statistiques de l’InVS d' »erronées ». « Si on posait la question aux hétéros qui sortent des clubs échangistes, qu’obtiendrait-on comme chiffres? », s’interroge également Me Abarakiewicsz.

Dans l’interview qu’il nous avait accordé en mars, Bruno Danic, directeur-adjoint de l’EFS-Bretagne, expliquait, tout en reconnaissant le biais des enquêtes épidémiologiques, que les données de prévalence  étaient similaires en France à ceux des autres pays européens.

Quoi qu’il en soit, Alexandre Marcel est déterminé à aller jusqu’au bout et invite tous les gays à « aller donner leur sang, puis à aller déposer plainte. » Il n’a en revanche pas sollicité les associations, parce que dit-il, il ne se situe pas dans « une démarche communautariste »

À Montpellier, Hussein Bourgi, du Collectif contre l’homophobie, apporte malgré tout son « soutien de principe à cette personne, en espérant que la plainte conduira Roselyne Bachelot, la ministre de la Santé à prendre ses responsabilités » Et le militant d’ajouter: « Ce principe de précaution mis en avant par l’EFS, il va falloir le démontrer par des éléments très tangibles. Cette affaire est peut-être un tournant décisif. »

Voir également le reportage de France 3: