Mieux connaître le nombre de gays séropositifs, tel est l'objectif principal de Prevagay, un programme de recherche-action original et ambitieux lancé à Paris le 28 avril prochain dans des établissements gays.

En exclusivité pour Yagg, Annie Velter, socio-démographe à l'Institut de veille sanitaire (InVS) et Antonio Alexandre, directeur en charge de la prévention au Syndicat national des entreprises gays (Sneg), expliquent l'importance de Prevagay et comment la communauté gay peut y participer.

Qu'est-ce que Prevagay?
Annie Velter:
Prevagay est une recherche biomédicale qui sera réalisée au sein de la population des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) qui fréquentent des établissements gays parisiens. Ses objectifs sont d'estimer le nombre d'HSH atteints par le VIH, d'estimer la proportion d'entre eux qui se sont récemment contaminés, de décrire les caractéristiques socio-démographiques, les comportements sexuels et les stratégies de recours au dépistage VIH de ces hommes. L'hépatite virale B est également recherchée.

Pourquoi est-ce important de connaître la prévalence du VIH chez les gays?
Annie Velter: Les données récentes des nouveaux diagnostics VIH indiquent que les rapports homosexuels masculins sont le seul mode de contamination pour lequel aucune baisse n'a été enregistrée depuis le début des années 2000. Parallèlement, on constate dans cette population une recrudescence des comportements sexuels à risque et une augmentation des Infections sexuellement transmissibles (IST). Dans ce contexte très préoccupant pour la communauté, il est important de disposer de données biologiques objectives et d'y associer des données comportementales. Jusqu'à présent, seules des données de prévalences déclarées pour le VIH pour la population homosexuelle étaient disponibles par l'intermédiaire des enquêtes comportementales réalisées dans la presse, les lieux de rencontre gay ou sur les sites internet. Elle est évaluée, selon les enquêtes, entre 13% et 15%. Par ailleurs, dans les pays où des enquêtes de type Prevagay ont déjà eu lieu, les résultats ont permis d'établir une photographie épidémiologique plus réaliste.

Annie Velter de l'InVs et Antonio Alexandre du Sneg

Pouvez-vous nous donner un exemple?
Annie Velter: Certaines enquêtes ont pu montrer une discordance entre les données déclaratives et biologiques pour le VIH. Ainsi, cette discordance allait parfois jusqu'à près de la moitié des hommes interrogés qui ignorait leur séropositivité pour le VIH. Les résultats de Prevagay permettront donc de réaliser des recommandations en termes d'actions de prévention, de stratégie de dépistage VIH, VHC et VHB et de prise en charge.

Comment va se dérouler Prevagay?
Annie Velter: Une dizaine d'établissements gay parisiens ont accepté de participer à cette recherche du 28 avril au 5 juin prochain. Des intervenants inviteront 800 hommes à réaliser un auto-prélèvement au bout du doigt, puis à déposer quelques gouttes de sang sur un buvard, et à remplir un auto-questionnaire comportemental. La participation à cette recherche est totalement volontaire et anonyme. Quel que soit le statut sérologique pour le VIH et les hépatites virales des hommes, la participation de tous est primordiale pour la réussite de cette recherche.

S'agit-il d'un dépistage?
Annie Velter: Non, puisqu'aucun résultat diagnostic ne sera restitué individuellement. Cette recherche de prévalence est réalisée en vue de mesurer l'infection à VIH et des hépatites virale B et C d'un point de vue collectif. Du fait des méthodes d'analyse biologique utilisées, un rendu de résultat individuel n'est pas possible. Aussi, une orientation vers des Centres de dépistage anonyme et gratuit (CDAG) ou des laboratoires d'analyse biologique sera proposée par les intervenants. Une carte d'accès privilégié sera proposée aux participants pour trois CDAG partenaires de la recherche.

Quels sont les rôles respectifs de l'InVS et du Sneg dans la mise en place de cette étude?
Antonio Alexandre: L'InVS est promoteur de la recherche. Il a rédigé le protocole, soumis la recherche à l'Agence nationale de recherche sur le sida (ANRS) qui a donné son accord en soutenant scientifiquement et financièrement la recherche. L'InVS a déposé et reçu l'accord du Comité de protection des personnes et obtenu l'autorisation de l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé.
Le pôle prévention du Sneg est mandaté par une convention de partenariat par l'InVS pour réaliser la recherche dans les établissements gays parisiens. C'est nous qui réalisons les outils de communication, l'embauche des intervenants, leur formation, et le terrain avec notre équipe de délégués. Les analyses biologiques sont réalisées par les Centres nationaux de référence pour le VIH et les hépatites virales.

Qu'attendez-vous de cette action auprès de la communauté gay?
Antonio Alexandre: Nous souhaitons que la communauté gay accompagne Prevagay. Il s'agit d'une première en France et les objectifs de cette étude doivent être compris afin que les gays y participent sans appréhension. Nous avons souhaité nous associer à l’InVS car cette recherche est aussi une forme d’action de prévention dans nos établissements. Prevagay rappelle de manière visible l’importance pour chacun de savoir où il en est par rapport au VIH et aux hépatites, de manière à mieux prendre soin de soi et des autres. Les résultats permettront de formuler des recommandations en termes d'actions de prévention, de stratégie de dépistage VIH, VHC et VHB, et de prise en charge.

Quand espérez-vous avoir les premiers résultats de Prevagay?
Antonio Alexandre: Les premiers résultats de Prevagay devraient être disponibles début 2010.

Propos recueillis par Christophe Martet

Photos DR

Plus d'infos sur www.prevagay.fr (site en cours de réalisation)